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UNE MÊME VOIX POUR L'ALTERNANCE
La représentativité de Rangzen
Par François Corona, février 2006

sommaire : AT n°1 - 2006
auteur : François Corona
dossier : Démocratie
 

Comme je l'ai déjà exprimé lors de rencontres interassociatives ou d'échanges avec le grand public, le droit à l'indépendance tibétaine ne peut être contesté quelles que puissent être les raisons invoquées. Confortée par le rapport final de la Commission Internationale des Juristes agissant à la demande de l'ONU, l'indépendance du Tibet avant son invasion par la République populaire de Chine en 1950 est donc à la fois une vérité historique et un fait juridique. Je ne reviendrai donc pas sur ce sujet, car ce qui m'importe maintenant c'est de réfléchir aux conditions dans lesquelles notre aide au combat libertaire mené par le peuple tibétain pourra être véritablement utile.

Aux origines de la «mouvance»

J'ai dit aussi que, à mes yeux, la structure actuelle des groupes de soutien dans le monde était celle d'une mouvance et pas d'un réel mouvement de libération ou d'un mouvement politique. Bien entendu, ce constat ne doit pas être confondu avec une critique des choix politiques faits par le gouvernement tibétain à la fin des années 80, qui ont abouti à la célèbre déclaration devant le Parlement européen à Strasbourg et à la présentation simultanée   du non moins célèbre Plan de Paix en cinq points.

Bien au contraire, je pense même que, ignoré par la communauté internationale, abandonné par la grande Amérique, le gouvernement du Tibet avait de sérieuses raisons de reprendre l'initiative et de rechercher auprès des peuples l'appui refusé par l'ensemble des gouvernements de la planète. Pour réussir, il convenait sans doute de présenter des objectifs dont la nature ne serait pas perçue comme étant purement politique mais bel et bien éthique et universaliste.

Avec le recul, je pense que cela a permis l'engagement de nombreuses personnes écoeurées par les conséquences désastreuses d'une politique internationale polluée par la seule défense d'intérêts égoïstes et par des pratiques nationales du même acabit. Mais cette méthode avait un prix, celui de l'abandon (ponctuel je l'espère) d'une part essentielle des droits inaliénables du peuple tibétain. Que ceux qui luttent pour Rangzen me pardonnent, mais pour le militant occidental que je suis, à l'époque, il était sans doute nécessaire de faire ce sacrifice. Il n'y a donc pas eu de hasard !

Rompre le cercle vicieux

L'isolement politique des années 80 a conduit à une volonté de dialogue avec les tortionnaires chinois. La recherche permanente des conditions de celui-ci a entraîné l'abandon progressif des droits fondamentaux de la nation tibétaine. Cet abandon a généré une méthode caractérisée par l'absence de positionnement fort et précis en terme politique. L'absence de ligne politique forte (et sans doute de moyens) n'a permis que la sollicitation d'une mouvance. L'activité de celle-ci a concouru à l'émergence d'un vaste mouvement de sympathie de la part d'individus. Et de l'accumulation d'individualités non encadrées par un objectif politique commun et fort est née l'incapacité actuelle à obtenir des résultats significatifs dans ce domaine. La boucle est bouclée. Et, arrivé à ce stade, le soutien international au Tibet s'exprime maintenant dans un cercle vicieux où universalité et stérilité demeurent intimement liées.

Dans le même temps, beaucoup de Tibétains refusent ces choix par devoir envers leur patrie et envers tous ceux qui sont tombés dans leur lutte pour la liberté du Tibet et qui affirment que nous sommes confrontés à un échec total de la voie initiée par le Dalaï-Lama et sa mise en oeuvre par leur gouvernement. Pour moi, il est parfaitement normal que des Tibétains jugent l'activité de leurs représentants et fassent connaître leur opposition. Non seulement je comprends cette volonté « indépendantiste », mais j'estime qu'il est de mon devoir d'homme libre de la soutenir.

Toutefois, si l'échec politique est évident, cela ne signifie pas qu'il n'y ait pas de différence notable entre la situation des années 80 et celle qui prévaut maintenant. A mes yeux, cette différence tient en une seule phrase : les Tibétains ne sont plus seuls.

En résumé, je pense donc que toutes ces années ont permis l'accumulation d'un potentiel humain qu'il convient maintenant d'utiliser au mieux. Pour cela, il est nécessaire de revenir aux fondamentaux de notre combat en luttant contre ces deux poisons que sont l'amnésie et l'attachement. Amnésie concernant l'invasion militaire de 1950 et le colonialisme chinois. Et attachement au confort intellectuel des méthodes de lutte proposées ou générées par les choix politiques du gouvernement tibétain en exil.

Nécessité d'un parti indépendantiste

Mais avant même de s'adresser aux occidentaux que nous sommes pour soutenir ce combat légitime, les Tibétains devraient assurer la représentativité de Rangzen au sein de la communauté en exil, seule à pouvoir s'exprimer librement.

J'appelle donc toutes les composantes indépendantistes tibétaines à se réunir au sein d'un seul parti politique qui aura pour mission : de rétablir une vérité historique mise à mal par la politique du gouvernement tibétain ; de rappeler la légalité de son   aspiration à la souveraineté nationale ; d'en assurer enfin la représentativité politique au sein des institutions en exil ; et d'agir pour obtenir à terme une véritable alternance démocratique.

Tout cela implique que la lutte politique ne soit pas abandonnée sous prétexte que les contextes international et interne ne s'y prêtent pas. Bien au contraire, il s'agit pour moi de mettre en oeuvre dès maintenant un véritable programme alternatif de lutte centré sur l'indépendance du Tibet, sans attendre un revirement du gouvernement tibétain ou une simple remise en cause de ses choix politiques.

F.C.
Pour Tibet Destination Rangzen (Marseille)