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UNE TRANSITION PAR ÉTAPES
Soutenir Rangzen
Par François Corona, février 2006

sommaire : AT n°1 - 2006
auteur : François Corona
dossier : Rangzen
 

Défendre l'indépendance du Tibet, c'est d'abord une affaire de Tibétains. Car nos amis, soucieux de leur souveraineté nationale, se doivent de faire connaître leur volonté au monde entier et d'agir au sein de leur propre communauté pour obtenir l'assentiment et l'engagement du plus grand nombre. Mais ce serait une erreur d'imaginer que la défense de Rangzen pourrait se passer d'un soutien extérieur comparable à celui obtenu par les autorités actuelles du gouvernement tibétain en exil.

Les raisons sont nombreuses à cela. En premier lieu, il y a la différence de moyens pouvant être mis en oeuvre d'un côté par le peuple du Tibet et de l'autre par la République populaire de Chine. C'est un euphémisme de dire que toute confrontation immédiate et directe ne pourrait qu'aboutir à une véritable catastrophe pour les Tibétains. De plus, l'ensemble des gouvernements de la planète ne verrait pas d'un bon oeil un changement politique de cette nature, qui serait immédiatement ressenti et dénoncé comme une dérive extrémiste et dangereuse pour la sacro-sainte stabilité en Asie.

En résumé, le monde entier se satisfait tellement de la politique actuelle du gouvernement tibétain en exil (si propice au maintien d'un statu quo favorable au « client chinois ») que les défenseurs courageux de Rangzen devront tenir compte de cette situation s'ils veulent conserver une chance de réussite et ne pas se condamner eux-mêmes à un ultime combat, certes légitime et glorieux, mais voué à l'échec. Quant au capital de sympathie émanant de simples citoyens et de quelques rares hommes politiques, il est tellement lié lui aussi à la modération et au charisme de Sa Sainteté le quatorzième Dalaï-Lama, qu'un changement trop rapide et trop « brutal » ne pourrait que nuire au seul résultat positif acquis par l'ensemble du peuple tibétain.

Restituer la légalité de Rangzen

Nous ne devons pas perdre de vue que l'une des conséquences négatives des choix politiques faits par le gouvernement du Tibet dans les années 80, c'est d'avoir transformé tout ce qu'il y avait de légitime, de légal et de naturel à maintenir la souveraineté nationale tibétaine comme axe de la résistance au colonialisme chinois, en une forme de radicalisme qui ne serait pas conforme au droit international et, plus grave encore, à la culture et à la spiritualité tibétaines. C'est pourquoi j'estime qu'il est urgent non seulement de commencer un travail de restitution de la vérité historique et de la légalité de la lutte pour Rangzen, mais aussi de ne pas renoncer au combat politique et à la recherche de soutiens extérieurs.

Nécessité d'un projet alternatif

Affirmer que la situation actuelle n'est pas favorable, ce qui est exact, ne suffit pas à me convaincre de l'inutilité d'une démarche prioritairement politique. De plus, contrairement à certains de mes amis indépendantistes, je persiste à penser que malgré le légitimisme inquiétant de la quasi-totalité des groupes de soutien dans le monde, il existe de nombreux sympathisants de l'indépendance tibétaine condamnés au silence et à l'inactivité par la seule absence de programme alternatif et de projet indépendantiste audible. Pour ces mêmes raisons, je pense que nous devons réfléchir à la nature de la structure de soutien que nous devons mettre en place en occident pour permettre la renaissance politique de Rangzen, car les obstacles à surmonter seront encore plus nombreux que ceux déjà dressés devant Sa Sainteté et son gouvernement. Je pense que l'on ne pourra pas se contenter de conserver le modèle actuel qui est celui d'une mouvance, car la défense d'un objectif aussi fort que l'indépendance nécessite à mes yeux la mise en place d'une véritable structure pyramidale. Sans trop entrer dans le détail, j'estime que celle-ci devra avoir à sa tête des Tibétains représentatifs, qui devront veiller à ce que le message politique des groupes occidentaux et leur activité générale soient cohérents et conformes aux objectifs poursuivis.

Il s'agira donc d'ajouter une nouvelle structure à celle déjà existante, en prenant garde de les différencier suffisamment pour ne pas nuire à la lisibilité de ses nouveaux objectifs. Mais, bien sûr, il conviendra de discuter de tous ces points et de beaucoup d'autres encore avec nos partenaires tibétains, dès l'instant où les quelques idées exprimées ici recevront l'aval des principaux intéressés.

F.C.
Pour Tibet Destination Rangzen (Marseille)