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UN ENJEU DÉMOCRATIQUE ET POLITIQUE
Réviser la voie du milieu
Par le Tibetan Youth Congress, septembre 2004

sommaire : AT n°1 - 2006
auteur : TYC
dossier : Démocratie
autre langue : anglais
 

Lors de la septième session du Parlement tibétain, en mars 2004, l'auguste assemblée a adopté une résolution proposée par un membre privé. Celle-ci appelait à réviser la politique actuelle du gouvernement tibétain - la voie du milieu - si, dans le délai d'un an, la partie chinoise échouait à entamer des négociations formelles pour résoudre le problème du Tibet. La résolution a soulevé un important chahut chez une partie du peuple. Et le débat qui s'en suivit a aussi été largement biaisé. Car le Parlement tibétain, essentiellement responsable pour avoir fait passer la résolution par un vote à la majorité, ou bien ses représentants immédiats, le Comité Permanent, ont échoué dans l'éducation du public aux raisons de leur action collective. Pour regarder l'envers de la médaille, ceux qui se sont opposés à cette résolution ont mis en avant deux raisons principales : cela sapait les pouvoirs de Sa Sainteté Le Dalaï-Lama ; et la politique de la voie du milieu étant le meilleur moyen de s'en sortir pour les Tibétains, rien ne devrait être fait pour la changer.

Remise en cause du Dalaï-Lama ?

En ce qui concerne le premier argument, il est triste de voir que des gens qui habituellement manquent d'idées originales trouvent très pratique de chercher refuge derrière le nom de Sa Sainteté le Dalaï-Lama. Sa Sainteté a interdit cette tendance parmi ceux qui détiennent un poste dans le gouvernement, mais celle-ci prévaut toujours parmi ceux qui aiment se compter comme étant des leaders de notre société. Mais d'un autre côté, si le nom sacré du Dalaï-Lama est délibérément mal utilisé dans le but de gagner du soutien, ou même pire de servir ses intérêts personnels, il y aurait alors sérieusement de quoi s'inquiéter. La résolution en question n'appelle qu'à une révision de la politique de la voie du milieu avec des conditions préalables, au niveau du Parlement. Sa Sainteté, en tant que chef d'Etat et du gouvernement, est au dessus du Parlement d'un point de vue institutionnel. La question des pouvoirs et des prérogatives du Dalaï-Lama entrera en jeu seulement après que le Parlement aura présenté le résultat de son action pour qu'il l'approuve ou le rejette. A son propre niveau, le Parlement est entièrement compétent pour mener à bien ses fonctions, comme stipulé dans la Charte. Ainsi, les rôles de chaque institution démocratique sont clairement définis sur la base du principe de non-interférence. Le Parlement est l'organe législateur suprême, et énoncer la politique nationale est sa fonction pivot. En outre, sans invoquer l'article 31/1-b de la Charte, personne ne peut changer ou saper les pouvoirs du Dalaï-Lama. Donc l'agitation actuelle est semblable à l'inquiétude proverbiale du lapin qui a peur que le ciel ne lui tombe sur la tête.

Sa Sainteté le Dalaï-Lama a donné la démocratie aux Tibétains de sa propre initiative. Au cours des 44 dernières années du développement de celle-ci en exil, il a toujours cherché des opportunités pour déléguer ses pouvoirs au peuple à travers les institutions démocratiques. Nous croyons que Sa Sainteté voit cela comme étant essentiel au développement sain de la démocratie tibétaine. Ainsi, la moindre des choses en retour serait de ne pas le faire paraître comme une personne avide de pouvoir, en   refusant d'en faire à notre tour une question publique.

Fatalité de la voie du milieu ?

Le second point est aussi souvent lié au premier par beaucoup de personnes, pour des raisons qui ne tiennent pas la route, pour ne pas dire autre chose. Si la voie du milieu est le meilleur moyen de s'en sortir, alors pourquoi près de 65% des gens ont choisi de l'ignorer parmi les quatre options proposées lors du référendum de 1997 ? Nous savons tous que, lors du vote préliminaire, une majorité écrasante a choisi de désigner le Dalaï-Lama comme décideur sur la base des changements politiques en cours à l'époque.

La politique actuelle de la voie du milieu a été décidée après que le dirigeant suprême chinois de l'époque, Deng Xiaoping, eût établi comme condition préalable que nous devions abandonner toute demande d'indépendance. Au cours des 24 dernières années, nos dirigeants ont sincèrement cherché à trouver une solution de compromis. Mais du côté chinois, il n'y a eu que tromperie, double-jeu et tactiques pour gagner du temps. Ce qui fait que nous n'avons même pas réussi le début d'un dialogue significatif. Beaucoup d'intellectuels tibétains, de partisans du Tibet et d'observateurs de la Chine en sont maintenant venus à conclure honnêtement que les Chinois n'ont aucune intention de mener des négociations. Ils parient juste sur le temps que mettra le Dalaï-Lama à disparaître et, dans le même temps, ils tentent d'éloigner la pression et les condamnations internationales en donnant dans la diplomatie des « délégations » de temps en temps. Il est vital que les Tibétains ne tombent pas dans le jeu de leurs manigances.

Un autre point important à prendre en considération est le « Livre blanc » chinois de mai dernier. Selon le ton employé dans ce document, toute chance d'un accord négocié sur les bases de la théorie de Hong Kong ou Macao « une nation, deux systèmes » ou une véritable autonomie a été balayé irrévocablement. Le seul choix donné aux Tibétains est d'accepter l'arrangement d'une Région autonome du Tibet comme étant le meilleur, et de rentrer. Ceci, très certainement, n'est pas la réponse à la voie du milieu ! Le livre blanc chinois, en un mot, a rejeté en bloc ce que le gouvernement tibétain a essayé d'obtenir depuis presque 25 ans à travers cette politique. Donc, une réflexion plus approfondie de la part de nos dirigeants est nécessaire, que nous le voulions ou non.

Dans le passé aussi, la politique de la voie du milieu a été revue deux fois. La première étant quand le Kashag de l'époque a estimé nécessaire de faire une déclaration publique le 2 septembre 1991, annulant la Proposition de Strasbourg « à cause de l'attitude fermée et négative » des dirigeants chinois. Et la deuxième fois quand Sa Sainteté a lancé le référendum pour que le peuple décide des futures lignes directrices.

Ainsi, la résolution actuelle n'est ni nouvelle ni surprenante. En fait, la nécessité de réviser la politique de la voie du milieu est devenue plus urgente et plus pertinente que jamais, depuis la parution du livre blanc chinois.

TYC
Editorial de Rangzen, septembre 2004