ARTICLES
 
DE LA GRÈVE DE LA FAIM À LA GRÈVE OLYMPIQUE
Sprint diplomatique aux Jeux de Turin
F O C U S - Alternative tibétaine

sommaire : AT n°1 - 2006
auteur: Alternative tibétaine
dossier : Non-violence
 

Turin (février 2006) : Alors qu'une grève de la faim se déroule à Turin durant les jeux d'hiver (*), afin de dénoncer l'attribution des JO 2008 à Pékin, une quatrième délégation d'« envoyés spéciaux de Sa Sainteté le Dalaï Lama » est actuellement reçue en Chine. Une « cinquième rencontre », précise le bureau de Dharamsala. Cette quatrième visite devait toutefois avoir lieu il y a un an de cela. A l'époque, celle-ci avait été qualifiée d'« imminente », le programme ayant été « convenu et accepté » à l'avance, à l'exception de quelques détails de « calendrier » encore à résoudre. Annoncée pour le premier semestre 2005, puis avant la fin du printemps, cette visite n'avait finalement pas eu lieu. Une rencontre de dernière minute s'était pourtant tenue à Berne, en Suisse, dans l'enceinte de l'ambassade chinoise. Cela se passait en juillet dernier. Substitut d'une visite avortée, cette rencontre hors de Chine, dont le principe aurait été préalablement convenu avec Pékin, avait ainsi permis de faire oublier le rendez-vous manqué après tant de certitudes.

Qu'il s'agisse aujourd'hui d'une « quatrième visite » ou d'une « cinquième rencontre », que l'une ou l'autre aurait dû se produire à tel endroit ou à un tel instant, toutes ces interrogations n'ont pas d'importance. Seul importe de décrypter les événements et de voir comment ils se reproduisent. Car ils se reproduisent, à l'identique qui plus est. Cette visite bien soudaine ne doit rien au hasard. Une visite inespérée destinée à redonner de l'« espoir », si utile pour faire taire les contestations. Celles d'aujourd'hui, à Turin, comme celles de demain, à Pékin.

De plus, ce nouvel épisode du plan de communication de Pékin intervient en plein calendrier électoral tibétain. En effet, le renouvellement du Parlement en exil, dont les primaires ont eu lieu en septembre dernier, s'achèvera au mois de mars prochain. Au même instant se tiendront les primaires pour l'élection du chef de gouvernement, avant le second tour prévu au mois de juin. De toute évidence, tout en malmenant son « partenaire » avec des rencontres à la fréquence bien capricieuse, mais finalement providentielle, Pékin entend ne pas le perdre. Ni même remettre en question sa « voie du milieu » qui lui offre plus d'avantages tactiques qu'il n'y paraît. Mais quelle issue à ces atermoiements diplomatiques, sinon l'échec qui se tient naturellement au bout de l'impasse ? Peut-être les échéances olympiques qui se succèdent - hier à Moscou (lors de l'attribution des JO 2008 à la Chine) et Athènes, aujourd'hui à Turin et demain à Pékin - montrent-elles où se trouve l'alternative. Encore reste-il à la retranscrire en termes politiques.

M.V.

-------------------------------------------------------------
Grèves de la faim, de 1998 à 2006 :
TURIN 2006 : 14 jours, du 14 au 27 février, durant les Jeux Olympiques d'hiver de Turin. Participants : Palden Gyatso, Sonam Wangdue, Tamdin Choephel.
NEW-YORK 2004 : 32 jours, du 2 avril au 3 mai, devant le siège des Nations unies à NewYork. Participants : Dolma Choephel, Gyatso, Sonam Wangdu.
GENÈVE 1999 : 26 jours, du 5 avril au 1er mai, devant le siège des Nations unies à Genève. Participants : Reting Tempa Tsering, Pema Lhundup, Karma Yeshi.
DELHI 1998 : 48 jours, du 10 mars au 27 avril. Participants : Palzom, Dawa Tsering, Karma Sichoe, Yungdrung Tsering, Kunzang, Dawa Gyalpo. Hospitalisés de force par l'armée indienne le 27 avril, à la veille de la visite en Inde du chef d'état-major de l'armée chinoise. Immolation de Thupten Ngodup. Poursuite de la grève durant 18 jours. Participants : Jampa Kalsang, Tsering Dorjee, Kalden Norbu, Tsering Gonkyab, Phuntsok Semsang.

*Lien (en anglais) :
Grève de la faim de Turin, TYC