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L'ABSENCE DE LISIBILITÉ POLITIQUE EN EXIL
Un Parlement virtuel et sans parti
F O C U S - Alternative tibétaine

sommaire : AT n°1 - 2006
auteur: Alternative tibétaine
dossier : Démocratie
 

Le Parlement tibétain en exil (ATPD - Assembly of Tibetan People's Deputies) est composé de 46 députés et se réunit deux fois par an à Dharamsala lors des sessions de mars et de septembre. Bien qu'ayant subi plusieurs réformes depuis sa création en 1960, il s'agit d'une institution complexe, à la fois témoin d'un véritable processus de démocratisation, mais aussi de ses limites. Si dans leur ensemble les députés sont élus au suffrage universel direct par les Tibétains de la communauté en exil (82.600 électeurs), il s'agit néanmoins d'un Parlement virtuel, figé et hétéroclite. Virtuel car il représente pour l'essentiel des anciennes régions tibétaines (U-Tsang, Kham et Amdo) actuellement sous occupation chinoise, et ses circonscriptions ne tiennent quasiment pas compte de la répartition des Tibétains en exil, qui constituent pourtant sa véritable et unique base électorale.

Figé car, malgré les réformes successives, son système de représentativité est resté inchangé et fixe de manière immuable les Tibétains de la communauté dans ce système de référence régional - même ceux nés en exil, par affiliation. Hétéroclite car, à ce système régional, se superposent d'autres systèmes de représentation, qui plus est de natures différentes. Ainsi les cinq écoles religieuses traditionnelles (Gelug, Sakya, Kagyu, Nyingma, Bön) disposent de leurs propres députés et   de leur propre électorat (lequel dispose d'ailleurs de deux voix : à l'échelon régional et à l'échelon religieux). Ensuite, paradoxalement, les communautés d'Europe et d'Amérique possèdent leurs propres représentants. A cela s'ajoute enfin trois députés non élus, désignés par le Dalaï-Lama pour représenter des disciplines : les arts, les sciences et les lettres.

Si ce principe très complexe de « circonscriptions » fait de la religion une composante permanente du Parlement, c'est en fait l'ensemble de ces circonscriptions/corporations qui possèdent invariablement le même nombre de représentants (10 pour chaque région, 2 pour chaque école religieuse, 2 pour l'Europe, 1 pour l'Amérique). Il n'existe donc pas plus de surprise dans les rapports de force d'une élection à l'autre que de partis politiques au sein du Parlement ou de la communauté en exil. Même le Parti national démocratique du Tibet (NDPT) est en réalité une organisation non-gouvernementale impulsée par le Dalaï-Lama, qui vise à promouvoir le multipartisme. Dans un soucis de lisibilité et d'efficacité, les Tibétains de l'exil seront amenés à considérer sérieusement à l'avenir la question de leur représentativité politique et parlementaire.

M.V.

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Lire : Focus - Le système politique tibétain