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TAIWAN, REFLET DES CONTRADICTIONS TIBÉTAINES
L'accord de 1994 avec la MTAC
Par le Chushi Gangdruk

sommaire : AT n°2 - 2007
auteur : Chushi Gangdruk
dossier :
autre langue : anglais
 

Dans le sillage de la politique "Prendre et donner" adoptée par notre gouvernement en exil pour résoudre la question tibétaine avec les autorités chinoises à Pékin, notre organisation a pris contact avec la Commission des Affaires Mongoles et Tibétaines (MTAC) du gouvernement taiwanais et a signé avec celle-ci en 1994 une proposition en trois points, à Bangalore, en Inde. (NDLR : Selon cette proposition, la MTAC engageait Taiwan à reconnaître le Dalaï-Lama comme chef spirituel et politique, garantissant au Tibet une autonomie dans l'hypothèse d'une réunification de la Chine).

Tandis que nos représentants cherchaient à obtenir l'assentiment et le point de vue de Sa Sainteté le Dalaï-Lama, comme cela va de soi, ils reçurent une réponse hostile de la part du gouvernement à Dharamsala. Par une lettre d'excuse solennelle, datée du 6 janvier 1994 et adressée à Sa Sainteté le Dalaï-Lama, nos représentants exprimèrent leur profond regret de lui avoir causé du tort et réaffirmèrent solennellement leur foi en lui, au nom de tous les Khampas morts et vivants, en tant que seul et unique dirigeant de notre peuple. Cette lettre fut transmise par l'intermédiaire du bureau privé de Sa Sainteté, mais n'arriva pas à destination et nous fut retournée. Puisqu'il se trouve sous l'autorité directe du Dalaï-Lama, nos représentants se tournèrent vers le Katsok (directeur de cabinet), le 4 février, pour s'expliquer et tâcher d'atténuer le problème. Mais le Katsok ne bougea pas d'un millimètre de la position qui nous avait déjà été signifiée. Le soir même, un effort sincère fut de nouveau effectué à travers les membres du Comité permanent du Kham pour tenter de désamorcer l'action entreprise par le Katsok - perçue désormais par nos dirigeants comme étant plus nuisible qu'utile -, en promettant de faire tout ce que celui-ci demanderait, excepté de mettre à pied les deux signataires de la proposition incriminée. Mais le Katsok n'entendait pas faire de compromis au sujet de cette nouvelle opportunité en or pour faire tomber notre organisation, et rejeta catégoriquement notre requête. Un nouvel effort fut fait pour annuler la proposition - objet du contentieux - lorsque six représentants du Densa Sum - représentant la population du Kham au sein des "Trois sièges", les trois monastères traditionnels de Drepung, Sera et Ganden - acceptèrent d'agir en qualité de médiateurs. Comme demandé par les représentants, un accord commun portant sur une déclaration d'annulation de la proposition fut signé le 24 juin. Mais le Katsok non seulement réfuta leur action, mais il les réprimanda également pour leurs efforts. Malgré nos plus sincères tentatives de résoudre le problème par nous-mêmes, sans réaction excessive de notre part qui aurait eu des effets négatifs, le Katsok ne nous a jamais donné une chance d'y parvenir.

Un crime de lèse-majesté

Il en résulta que selon le verdict prononcé le 2 août par le Kakyi (Cabinet du Parlement), 99,6% de la population khampa vota contre la proposition, ce que le Kakyi utilisa comme un redoutable instrument pour écraser notre organisation. D'un autre côté, cela voulait dire aussi que 99,6% des Khampas n'acceptaient pas un accord selon lequel Sa Sainteté le Dalaï-Lama était reconnu par la Chine nationaliste comme le chef du Tibet, sur le plan à la fois politique et spirituel. Bien que le nombre réel des Khampas qui ont voté contre la proposition représentait moins de 30% de la population, il s'agit néanmoins du retour de flamme de l'action dirigée par le Katsok et dont seul celui-ci doit être tenu pour responsable. Le verdict précédemment mentionné stipulait qu'à travers la campagne de pétition menée par le Katsok parmi les Khampas, l'accord conclu entre Taiwan et le Chushi Gangdruk serait nul et non-avenu. Il était également dit qu'en prononçant ce verdict, la question de l'antenne du Chushi Gangdruk à Taiwan (le Taichu) serait close une bonne fois pour toutes, et que par conséquent chacun était averti de ne plus soulever la question afin de ne pas créer de désordre public à l'avenir. Pourtant, l'administration de Dharamsala mena une campagne virulente et sournoise contre notre organisation. En étiquetant nos membres comme "traîtres" et "anti-Dalaï-Lama", elle s'escrima sans relâche à dissuader toute organisation de traiter avec la nôtre. Elle alla même jusqu'à se faire un point d'honneur de nous empêcher d'avoir un quelconque rapport significatif avec la MTAC. Elle retira le droit de vote à nos membres, les ostracisa et les persécuta pour les punir d'avoir commis le plus terrible crime en obtenant la reconnaissance par la Chine nationaliste de l'institution du Dalaï-Lama comme chef suprême du Tibet, à la fois sur les plans politique et spirituel, ainsi que la reconnaissance du principe d'auto-gouvernance du Tibet dans l'éventualité d'une réunification démocratique de la Chine. Notre administration en exil alla jusqu'à mettre en place un faux "Chushi Gangdruk", à Dharamsala, pour concurrencer notre organisation en utilisant son numéro d'immatriculation. Ce qui est un acte illégal. En bref, le Kashag remua ciel et terre pour écraser notre organisation. Toutefois, malgré toutes ces circonstances qui allaient contre nous, cela était le résultat de notre détermination dans notre foi et de la confiance de nos gens en cette organisation que nous avions su maintenir fermement et faire avancer grâce à notre travail.

Le rejet d'un résultat politique

Pour être logique, dès l'instant où l'indépendance du Tibet a été abandonnée et que le combat pour l'obtenir a cessé, cela ne fait aucune différence qu'il s'agisse de la Commission des Affaires Mongoles et Tibétaines à Taipei ou bien de la République de Chine à Taiwan, car la MTAC fait partie intégrante de la République de Chine et le gouvernement taiwanais est composé de huit ministères et de deux commissions, dont la MTAC. Selon la même logique, si jamais Taiwan devient un Etat souverain, alors le Tibet ne sera lié d'aucune manière avec celui-ci, si ce n'est sur le plan culturel et religieux.

De manière ironique, notre gouvernement à Dharamsala semble pouvoir abandonner facilement la lutte pour l'indépendance du Tibet sur les conseils de quelques milieux défaitistes au sein de notre administration, mais il ne peut pardonner au Chushi Gangdruk d'avoir obtenu de la République de Chine la reconnaissance de l'institution du Dalaï-Lama en tant que chef spirituel et temporel du Tibet. C'est l'aspiration et le voeu le plus cher des Khampas, morts ou vivants, de restaurer le statut et le pouvoir de Sa Sainteté le Dalaï-Lama en tant que chef religieux suprême et dirigeant du Tibet dans son intégrité, tel que cela était le cas avant l'agression de la Chine communiste, et de ne jamais être séparés de lui, d'être toujours l'un pour l'autre comme la tête et les épaules. Si cette pensée est perçue comme fausse, alors il n'y a rien qui ne soit véridique.

C.G.