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TRIBUNE - FORUM DE TURIN
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Par Claudio Tecchio, mai 2007

sommaire : AT n°2 - 2007
auteur : Claudio Tecchio
dossier :
 

L'histoire, y compris récente, de notre vieille Europe nous enseigne que ce n'est pas en s'immolant sur l'autel de l'idéologie de la non-violence que l'on abat les régimes totalitaires. La force de la raison des opprimés n'a jamais prévalu, seule, sur la raison de la force des oppresseurs. Seuls le courage et l'abnégation des patriotes en révolte, décidés à se battre par tous les moyens contre toutes les formes d'oppression, ont apporté la paix et la justice sur un continent meurtri durant des siècles par d'impitoyables tyrannies.

Le nazisme et le fascisme furent vaincus uniquement par les armées alliées et l'insurrection populaire, par la lutte des Partisans et la force de guerre anglo-américaine. Les peuples des Balkans se sont libérés de l'héritage de Tito seulement après avoir réaffirmé dramatiquement leur identité nationale dans des heurts douloureux. L'empire soviétique, déjà chancelant, s'est écroulé après un long conflit parfois violent, qui a commencé dans la lointaine province polonaise et s'est ensuite étendu à toutes les autres régions dominées. Et les jeunes berlinois ont pu danser sur les restes du mur seulement grâce au sacrifice de ceux qui, forts du soutien des pays libres, ont su résister à la violence des appareils répressifs.

En Chine, personne ne peut donc se leurrer, comme l'ont fait autrefois ces héroïques étudiants qui ont assiégé la Cité interdite, sur le fait qu'une dictature puisse se réformer elle-même et tolérer une quelconque transition vers la démocratie. Au Tibet, personne ne peut se leurrer non plus que les théoriciens du "centralisme démocratique" puissent jamais tolérer autre chose qu'un simulacre d'autonomie administrative. La lutte de libération sera de longue haleine dès lors que les autocrates de Pékin ont tiré les enseignements de l'expérience soviétique et qu'ils ne répéteront pas certaines "erreurs" commises autrefois par le PCUS ayant mené à l'écroulement. L'adoption de mesures préventives s'est ainsi révélée efficace pour prolonger l'agonie du régime et donner un nouvel élan au "développement" du pays. Le contrôle social est si étendu que la faible opposition politique est déjà anéantie, les travailleurs sont intimidés par le licenciement de masse et les paysans déplacés.

La Chine est ainsi devenue une superpuissance vouée, au rythme de sa croissance économique et démographique, à dominer le monde avec ses "valeurs orientales" d'inspiration confucéenne. Et elle le fera en raison de sa force économique, politique et financière. Déjà aujourd'hui, les dirigeants de Pékin, en dosant savamment séduction commerciale et menace militaire, sont en mesure de conditionner lourdement les décisions des gouvernements et des organisations internationales. La Chine est la nouvelle puissance coloniale rampante qui a déjà repris, sans coup férir, le contrôle de Hong Kong et Macao et s'apprête à reconquérir par la raison de la force la "province rebelle" de Taiwan. Elle maintient artificiellement en vie les disputes territoriales avec l'Inde et le Bhoutan, alimente la guérilla maoïste au Népal, fournit (via le Pakistan) la technologie nucléaire à la Corée du Nord, collabore avec le régime laotien et soutient la dictature birmane. Et, dans un monde où il n'est plus nécessaire d'occuper physiquement un territoire pour imposer sa domination, la Chine, notamment grâce à sa riche et puissante diaspora, devient le moteur du développement de tous les pays de la région pour les rendre dépendants de sa propre politique économique.

Face à tout cela, l'appel pathétique au dialogue et la large automutilation des dirigeants tibétains ne font que renforcer la volonté de puissance des colonisateurs. Alimenter la culture de la résignation amènera seulement à l'avenir davantage de conflits sanglants dont la responsabilité retombera sur chacun d'entre nous. Nous devons au contraire contribuer à la création d'une grande alliance entre tous ceux qui luttent contre le régime de Pékin et donner l'espoir à ceux, humiliés et opprimés, qui n'ont pas encore trouvé le courage de se rebeller. Avant qu'il ne soit trop tard.

C.T.
Campagna di Solidarietà con il Popolo Tibetano,
coordinateur pour le syndicat italien CISL