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TRIBUNE - FORUM DE TURIN
L'espoir de Turin
Par François Bruxeille, mai 2007

sommaire : AT n°2 - 2007
auteur : François Bruxeille
dossier :
 

Le Forum de Turin, parce qu'il rassemble des personnalités tibétaines de sensibilité Rangzen parmi les plus représentatives, venues de tous les coins du monde, est pour nous le couronnement à la fois d'efforts et de souhaits. Car il est vital pour le peuple tibétain qu'à côté de la ligne politique officielle du gouvernement tibétain en exil émerge enfin un mouvement et un projet alternatif Rangzen. Les temps ont mûri et la cause Rangzen semble sortir enfin des limbes.

Mais le constat est là : ce n'est et ce ne sera ni simple ni facile. Car si la légitimité du combat Rangzen est indiscutable, s'appuyant sur le principe du droit inaliénable des peuples à disposer d'eux-mêmes, sa légitimité politique, elle, est confrontée au monde tel qu'il est, où seul vaut vraiment le droit du plus puissant, renforcé, qui plus est, par la complicité objective de la communauté internationale. Cette légitimité-là dont il nous faut démontrer la pertinence et la faisabilité reste aujourd'hui peu audible et pas très intelligible dans les médias, dans l'opinion publique et même au sein des associations protibétaines. C'est d'ailleurs là l'un des principaux défis que devons relever.

La voie politique empruntée par Sa Sainteté le Dalaï-Lama est autant de nature spirituelle que politique au sens classique du terme. Elle repose à la fois sur un constat du rapport de forces extrêmement défavorable avec l'Etat chinois et sur le principe, cher à Sa Sainteté, du bénéfice mutuel pour deux peuples. Nous savons tous que cette voie officielle reçoit l'adhésion implicite de beaucoup de Tibétains sur la base de l'inébranlable confiance que ceux-ci portent au guide de la nation. C'est pourquoi il est probablement inutile de rappeler que le Dalaï-Lama demeure, quoi que nous pensions et fassions, le grand chêne à l'ombre duquel tous les partisans du Tibet peuvent agir avec quelque chance d'être entendus.

Notre tâche, en soutenant Rangzen, est donc déjà de faire preuve de pédagogie et de mettre en avant le principe de non-antagonisme. Il s'agit en effet d'expliquer que les deux options tibétaines ont chacune leur cohérence et leur légitimité et qu'elles ne sont pas et ne doivent pas être conflictuelles l'une vis-à-vis de l'autre. Il s'agit d'exposer clairement et sans agressivité que la différence repose fondamentalement sur l'appréciation des intentions réelles et de la stratégie du régime de Pékin.

Pour notre part, nous ne nourrissons aucune illusion vis-à-vis du régime chinois actuel, dur, impitoyable et manoeuvrier.

La voie officielle actuelle, consistant à avancer à petits pas, lors de rencontres confidentielles entre petites délégations sino-tibétaines, est une voie pragmatique qui a l'avantage de briser le mur du silence antérieur côté chinois et de nourrir l'espoir des gestes significatifs. Cette voie est officiellement soutenue, bien qu'avec beaucoup de passivité, par les diplomaties occidentales qui sont ravies de voir la question tibétaine rangée au rayon des affaires intérieures chinoises.

Mais c'est une voie risquée car dépendant du seul bon vouloir des autocrates de Pékin, qui, parallèlement, ne cessent de dénigrer le Dalaï-Lama lors du moindre déplacement à l'étranger.

La voie Rangzen, elle, en est aujourd'hui, convenons-en, à ses balbutiements. Nous disons bien l'expression politique d'un Projet Rangzen et d'un Mouvement Rangzen unifié et non la cause Rangzen elle-même. Car la cause Rangzen est portée, depuis les débuts de l'invasion de leur pays, en 1950, par le sacrifice héroïque des combattants armés ou non armés qui, jusqu'à nos jours, ont tenu l'oriflamme du Tibet souverain. La voie politique Rangzen est donc encore marquée par ses propres faiblesses qui sont notamment la non-formalisation d'un projet et la non-unification actuelle de ses composantes.

Mais Rangzen nous paraît être la voie de l'avenir car Rangzen s'inscrit dans une autre échelle de temps que celui de l'actualité politique immédiate dont sont friands les médias. Si je devais définir Rangzen par une métaphore, je dirais que c'est la nécessaire roue de secours qui permettra de voyager loin dans le temps. Car la force et la cohérence de Rangzen, c'est d'anticiper le fait que le Dalaï-Lama ne fera pas toujours partie du monde des vivants et que par conséquent lorsque le soleil des Tibétains s'en ira momentanément, dans les ténèbres de sa disparition, il faudra une nouvelle lanterne. Une lanterne, moins majestueuse, mais adaptée aux temps difficiles.

Voilà un message que nous devons faire passer avec tout le tact nécessaire pour montrer la pertinence de l'objectif de Rangzen qui allie le droit, la justice et la vérité.

F.B.
Vice-président de Tibet Destination Rangzen