ARTICLES

 
POUR LA RECONNAISSANCE DE LA SOUVERAINETÉ TIBÉTAINE
Réflexions sur une solution politique
Par Jamyang Norbu, mai 2007

sommaire : AT n°2 - 2007
auteur : Jamyang Norbu
dossier :
autre langue : anglais
 

Dans le cadre d'une solution politique au problème du Tibet, il serait utile de discuter de stratégies alternatives et viables, clairement orientées vers l'indépendance, mais qui nécessiteraient des étapes progressives et réalisables. L'idée serait de pouvoir entreprendre une action dont le succès permettrait la fondation d'une autre action encore plus ambitieuse.

La reconnaissance du Tibet comme "pays occupé"

L'un des premiers pas pourrait être de rechercher à différents niveaux institutionnels, des plus petites entités administratives locales aux Parlements nationaux, cela dans des pays déjà sensibilisés à notre cause, à faire reconnaître le Tibet comme "pays occupé". De telles initiatives ont pu être occasionnellement fructueuses par le passé, mais ont toujours été menées de manière isolée et jamais de manière concertée en vue d'un objectif spécifique commun. Une telle campagne pourrait se baser sur les résultats et les conclusions de la Commission Internationale des Juristes de Genève, de la Conférence des Juristes de Londres, du Comité du droit international du Bundestag et du Tribunal des Peuples de Strasbourg, qui ont tous unanimement conclu que le Tibet est un pays occupé et était un Etat de facto indépendant avant l'invasion chinoise. Le Congrès américain avait voté une résolution à ce sujet, il y a quelques années, en 1991.

Y compris dans les pays qui n'ont aucune hésitation à affirmer que le Tibet fait partie de la Chine, nous pourrions également faire campagne pour faire reconnaître que le Tibet était un pays de facto indépendant de 1912 à 1950 et fut envahi militairement par la Chine. Cela pourrait être présenté comme un fait historique qui requerrait de la part de chaque pays civilisé dans le monde une simple reconnaissance de base, comme l'ont été l'holocauste juif ou les massacres de Nankin et de Tiananmen.

La reconnaissance du gouvernement tibétain en exil

L'étape suivante pourrait être de rechercher la reconnaissance du gouvernement tibétain en exil par un gouvernement étranger. Cela peut sembler un objectif impossible, mais avons-nous réellement essayé ? Il existe des précédents s'agissant de la reconnaissance de gouvernements en exil. Durant la Seconde Guerre mondiale et la Guerre froide, un certain nombre de gouvernements exilés, pour la plupart européens, furent reconnus comme gouvernements légitimes et établirent leurs quartiers généraux à Londres et à New York.

Il n'y aura peut-être pas, dans un premier temps du moins, de grosse puissance désireuse d'offrir une telle reconnaissance. Mais il s'agirait au moins d'un objectif clairement identifiable pour lequel nos partisans pourraient travailler dans leurs pays respectifs. Plus encore, sans relâcher la pression sur des pays comme les Etats-Unis, l'Inde, l'Allemagne, etc., nous pourrions faire un effort concerté pour obtenir une telle reconnaissance de la part de pays plus modestes. Taiwan s'est servi de l'aide économique pour obtenir d'une vingtaine de pays non seulement sa pleine reconnaissance en tant que nation, mais également leur soutien à sa candidature pour obtenir un siège aux Nations unies.

Obtenir ne serait-ce que d'un seul petit pays (la taille n'a pas d'importance en la matière) qu'il reconnaisse Dharamsala comme le gouvernement légitime du Tibet est extrêmement important. D'abord, l'argument classique chinois selon lequel aucun pays ne reconnaît le Tibet serait balayé. Et, bien sûr, le verrou sauterait. Et si un pays le fait, pourquoi pas davantage ? Le moral des Tibétains serait relancé.

Le Tibet aux Nations unies

Bien sûr, le Tibet ne pourra jamais devenir un membre des Nations unies tant qu'il ne sera pas un Etat indépendant. Mais pourquoi ne pas s'efforcer de rechercher un autre type de revendication, tel que le "statut d'observateur" que l'OLP a obtenu en 1974, ou bien encore autre chose. Evidemment, avec la Chine au Conseil de sécurité, même un tel statut symbolique serait difficile à atteindre, mais le simple fait d'initier le processus serait un grand pas dans cette direction. Cela serait un véritable défi pour la Chine. Mais comment pourrions-nous ne serait-ce que commencer cela ?

Chaque année, depuis 1993, Taiwan dépose sa requête à l'Assemblée générale des Nations unies pour débattre de sa candidature, laquelle est soutenue par près d'une vingtaine de pays à ce jour : Burkina Faso, Tchad, Domincia, Grenade, Honduras, Malawi, îles Marshall, Nauru, Nicaragua, Saint Vincent et les Grenadines, Sénégal, îles Salomon et Swaziland. La Chine et ses partisans se sont jusqu'à présent débrouillés pour bloquer la requête, mais toujours après un long débat. Il semble que Taiwan soit capable de gagner des sympathisants à travers l'aide au développement et l'octroi d'avantages économiques. Bien que le gouvernement tibétain ne puisse faire d'offres similaires, nous pourrions nous positionner dans le sillage de Taiwan. De toute évidence, ces gouvernements ne se sont pas laissé impressionner par la Chine, membre puissant de l'ONU, en soutenant Taiwan. Ainsi, il y a toutes les chances pour qu'ils soient persuadés de reconnaître le gouvernement tibétain en exil et même de plaider notre cas aux Nations unies.

Beaucoup des dirigeants de ces petits pays sont des juristes ou des politiques formés en occident qui ont des ambitions internationales et un besoin de reconnaissance publique, que seule leur politique nationale ne peut leur procurer. Il peut également se trouver parmi eux, quelques uns du moins, de véritables défenseurs de la démocratie et de la liberté.

Il s'agit là simplement d'idées lancées en l'air, des pistes possibles en vue d'une discussion plus approfondie sur les stratégies à mener à l'avenir.

J.N.