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PAR-DELÀ LES SUBTILITÉS POLITIQUES
Rangzen en progression
Entretien avec Karma Choephel*, avril 2007

sommaire : AT n°2 - 2007
auteur : Karma Choephel
dossier :
autre langue : anglais
 

[*KARMA CHOEPHEL : Président du Parlement tibétain en exil (jusqu'à mi-mandat 2006-2008) ; député tibétain (province de l'U-Tsang) ; ancien président intérimaire puis vice-président du Tibetan Youth Congress (1985-1989) ; président fondateur du Parti National Démocratique du Tibet en 1994, réélu en 2004 avant de démissionner en juin 2006]

Q : Lorsque vous avez été élu président du Parlement, vous avez démissionné de votre poste de président du NDPT (Parti National Démocratique du Tibet), mais en êtes-vous toujours membre ?

K.C : Oui, je suis toujours un membre ordinaire du NDPT.

Q : En tant que député au sein du Parlement tibétain en exil, êtes-vous ou vous considérez-vous vous-même comme député du NDPT ?

K.C : Non, principalement en raison du système électoral tibétain actuel qui ne repose pas sur le modèle des partis politiques. Ceux des membres du NDPT qui appartiennent à la province de l'U-Tsang (Tibet central) ont probablement voté pour moi. Je suis par conséquent de manière très basique député de cette province.

Q : A ce jour, le système de représentation du Parlement tibétain en exil ne comprend pas de partis politiques. Pourtant, le NDPT existe et se présente lui-même comme un parti politique. Par conséquent, pourquoi n'est-il pas représenté au sein du Parlement, et s'il ne l'est pas, en quoi consiste exactement son rôle en tant que parti ?

K.C : Le NDPT a été impulsé par le Tibetan Youth Congress, initialement sur les conseils de Sa Sainteté le Dalaï-Lama, principalement pour fonctionner comme un forum et une initiation à l'exercice démocratique en vue d'une préparation à la future politique tibétaine. Je crois que dans sa vision, le Dalaï-Lama envisage également un système parlementaire fondé sur le multipartisme et il lui a semblé que cette initiative devait commencer en exil. Le NDPT est censé être une préparation à l'avenir.

Q : Le NDPT milite pour l'indépendance. Comment concevez-vous l'action parlementaire en faveur de l'indépendance au sein du Parlement ?

K.C : Jusqu'à présent, on peut dire qu'au sein du Parlement tibétain en exil, il y avait une majorité pour soutenir la politique de la voie du milieu. Mais j'ai le sentiment que plus durera l'impasse dans l'attente d'une réponse concrète de la Chine, plus de parlementaires seront amenés à douter. J'ai observé que depuis la XIe législature, de plus en plus de députés ont changé de position. C'est notamment ce qui a permis d'obtenir la majorité pour faire passer la résolution de mars 2004 que j'ai moi-même soutenue et qui consistait à réviser la politique de la voie du milieu. Que cette résolution ait été annulée lors de la session suivante est une autre question, qui a plus à voir avec des exigences politiques qu'avec une question de soutien individuel. Ainsi je pense que si l'impasse continue, le soutien en faveur de l'indépendance grandira au sein du Parlement.

Propos recueillis par Mathieu Vernerey


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Note : Lors de cet entretien, il nous a été fait savoir que Karma Choephel ne souhaitait pas répondre aux questions que nous lui posions en raison de ses "fonctions actuelles", avant d'accepter finalement de le faire.