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CONFÉRENCE INTERNATIONALE DE NEW YORK
La résolution du Chushi Gangdruk
Chushi Gangdruk, décembre 2006

sommaire : AT n°2 - 2007
auteur :
dossier : Conférences
autre langue : anglais
 

Le Chushi Gangdruk, basé aux Etats-Unis, a organisé sa première conférence internationale à New York, durant deux jours, les 23 et 24 décembre 2006. Les participants à la conférence ont voté la résolution suivante, afin de restaurer l'indépendance du peuple tibétain et le libérer de la domination de la colonisation chinoise :

1. Le Tibet a véritablement joui de son indépendance, dans le sens plein du terme. Il s'agit d'un fait clairement attesté par de nombreux documents juridiques et gouvernementaux, au Tibet, en Inde et en Chine. La Chine communiste a envahi et occupé le Tibet par la force et en a fait une colonie. Depuis, les Tibétains vivant au Tibet sont constamment soumis à la souffrance et à la privation de leurs droits fondamentaux. Les traditions tibétaines, religieuses et culturelles, sont en passe de disparaître. La Chine a planifié un programme qui constitue une grande menace pour le Tibet en tant que nation. Ainsi, aucun être humain ne devrait ignorer la tragédie tibétaine. Nous en appelons à cette grande nation que sont les Etats-Unis, et à toutes les autres nations du monde qui sont attachées à la paix et à la liberté, de prêter attention aux souffrances dramatiques du peuple tibétain.

Notre but et notre objectif, au sein du Dhokham Chushi Gangrduk, le "Combattant Volontaire", est de dédier nos vies et nos actes à la cause de l'indépendance du Tibet. A l'avenir également, il n'y aura aucun changement dans notre position, aussi longtemps que l'exigeront notre but et notre objectif. Nous devons être prêts à nous engager dans toute action appropriée pour atteindre l'indépendance du Tibet. S'il le faut, la lutte durera plusieurs générations pour atteindre ce but.

2. Comme principe fondamental pour regagner l'indépendance du Tibet, il est important de considérer son histoire ancienne, sa culture, ses traditions et la situation géographique des trois provinces tibétaines, dont les populations constituent les six millions de Tibétains, comme du temps de Domtonpa Gyalwi Jungney. Nous, les membres du Chushi Gangdruk, devons être à l'avant-garde de la formation d'une société tibétaine basée sur une véritable compréhension, sur un principe d'unité, de confiance en l'autre, de parfaite coopération, et sur une communauté d'objectifs politiques. Comme le rappelle un dicton tibétain : "Ceux qui serrent les coudes lorsque l'ennemi attaque, partagent ensemble la bonne fortune". De plus, ce sont également nos propres principes pour ne pas nous égarer, ne pas créer de distance entre notre propre gouvernement et le peuple tibétain, et entreprendre tous les efforts pour parvenir véritablement à se comprendre et à se soutenir mutuellement.

Nous n'hésiterons pas à nous opposer à tous ceux qui agissent contre les intérêts tibétains en collaborant avec les ennemis du Tibet, ceux qui cherchent à apaiser ces mêmes ennemis pour tirer un profit personnel ou à les aider pour partager les bénéfices, et qui cherchent à nuire à l'unité et à la détermination tibétaines.

Qu'importe où se trouvent les Tibétains dans le monde, nous sommes tous séparés de notre patrie : souvenons-nous de tous nos frères et soeurs. Il est de la plus haute importance de renforcer notre détermination, de vivifier notre esprit, de nous unir et de nous battre pour nos droits. Eduquer notre plus jeune génération est crucial, et chaque Tibétain doit porter cette responsabilité.

3. Depuis que Sa Sainteté le Dalaï-Lama a initié la démocratie, et depuis lors jusqu'à ce jour, les Tibétains ont pleinement joui de leurs droits démocratiques en élisant notre gouvernement au suffrage direct. Cependant, le Tibet est une nation spirituelle avec une foi inébranlable dans le bouddhisme. Plus encore, nous considérons que le Bouddha avait destiné le Tibet à être le refuge de Chenresi, notre divinité nationale, et que Chenresi lui-même avait promis de conduire et de protéger le Tibet. Par conséquent, nous ne pouvons rester sans Sa Sainteté le Dalaï-Lama. En même temps que nous prions de tout notre coeur pour sa longue vie et la réussite de tous ses voeux, nous lui demandons de revenir sur sa décision de "semi-retraite" et de ne pas présumer que les Tibétains seront capables de gérer leurs affaires démocratiquement.

4. Si le processus de dialogue sino-tibétain doit être poursuivi, aucune des deux parties ne devrait s'avancer sur des conditions préliminaires déraisonnables avant qu'une réunion n'ait lieu. Que la Chine puisse être persuadée ou non d'accepter nos souhaits en faisant des propositions concrètes, ou que les Tibétains puissent se voir donner la possibilité de refuser ou d'accepter les propositions chinoises, la délégation tibétaine ne devrait pas même accepter de s'engager dans des discussions qui porteraient sur l'intégrité des trois provinces tibétaines ou la partition du Tibet, et ne s'avancer d'aucune manière sur quoi que ce soit. De telles conditions produisent plus de mal que de bien. Par conséquent, nous ne pourrions accepter une telle position tibétaine.

5. Depuis 1957, le Dhokham Chushi Gangdruk - les "Combattants Volontaires" - a entrepris de nombreuses activités politiques, en contact direct avec le gouvernement américain. Comme résultat, près de 14.000 Tibétains provenant de la région du Kham, aujourd'hui en exil, souffrent d'avoir perdu la grande opportunité d'accomplir leur mission. Il est par conséquent de notre devoir de déployer tous nos efforts pour aider ces Tibétains khampas à venir en Amérique.

6. Lors de cette première conférence internationale du Dhokham Chushi Gangdruk, plusieurs éminents intervenants étaient présents, dont l'ancien Premier ministre et l'ancien ministre de la sécurité du gouvernement tibétain en exil, MM. Thubthen N. Juchen et Pema Chojor, ainsi que le président et fondateur de la Fondation des Chinois d'outre-mer pour la démocratie, M. Wei Jingsheng, et le président de l'Union mondiale du Parti pour la démocratie en Chine, M. Wang Jun, parmi d'autres participants. Ils ont échangé leurs points de vue et ont discuté des besoins et des souhaits de chacun. Ils se sont engagés à maintenir le contact et à s'apporter un soutien mutuel afin d'atteindre leurs objectifs.

7. Il a été convenu d'organiser les prochaines conférences internationales du Chushi Gangdruk, d'abord en Inde, ensuite en Europe. Il a été admis que fondamentalement les êtres humains, par-delà les races, les croyances, les pays d'origine ou les nationalités, partagent des sentiments communs de joie et de tristesse et nourrissent la même aspiration à la paix et à la liberté. Il n'en demeure pas moins que les Tibétains souffrent de la domination chinoise et que tous les droits humains fondamentaux leur sont refusés. Cette réunion a été l'occasion de formuler des voeux et des prières pour faire naître des rayons de liberté pour tous ces Tibétains qui vivent sous le joug et la domination de la tyrannie impitoyable du gouvernement chinois, et pour tous ceux qui désirent ardemment la paix et la liberté.

New York, 23 décembre 2006

Dhokham Chushi Gangdruk*


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* Le Chushi Gangdruk a tenu sa première conférence internationale les 23 et 24 décembre 2006, à New-York, pour définir ses nouvelles orientations au sein de la lutte tibétaine. Selon l'organisation khampa, "la lutte à mort  proclamée par la Chine contre le Dalaï-Lama et son rejet catégorique de l'appel de ce dernier au dialogue nécessitent que les Tibétains et leurs dirigeants en exil repensent intégralement l'orientation et les méthodes de la lutte tibétaine". C'est pourquoi le Chushi Gangdruk estime qu'il faut désormais "chercher des idées nouvelles et explorer de nouvelles directions, apporter un nouvel espoir et une vitalité à la lutte, afin de restaurer le Tibet comme nation indépendante sous l'autorité du Dalaï-Lama et d'un gouvernement tibétain démocratique".
300 membres de l'organisation ont assisté à cette conférence, parmi lesquels des délégués venant d'Inde et d'Europe. D'éminentes personnalités de la communauté sont intervenues, dont deux anciens députés et ministres tibétains, Juchen Thupten et Pema Choejor, ainsi que Jamyang Norbu et le dissident chinois Wei Jingsheng. La conférence a été présidée par Dondhup Korko, vice-président du Chushi Gangdruk, qui a souligné le "dynamisme" de la relève par la jeunesse.

CHUSHI GANGDRUK : Ancien mouvement de résistance khampa, le Chushi Gangdruk prend ses origines dans les premières luttes armées contre l'occupant chinois au Tibet oriental, dans les années 1950. L'acte fondateur du Chushi Gandruk consiste en l'offrande d'un trône doré au Dalaï-Lama, en juin 1957, en signe d'allégeance. Cette offrande faite au nom du "Pays des Quatre Rivières Six Vallées" - Chushi Gangdruk - donne son nom au principal mouvement de résistance unifié, lequel est proclamé le 18 juin 1958. En mars 1959, lors du soulèvement de Lhassa, le Chushi Gangdruk organise l'exil du Dalaï-Lama et protège l'exode massif des réfugiés vers l'Inde. Replié au Népal, il mène alors des opérations de guérilla au Tibet depuis le Mustang, avant que le mouvement de résistance ne s'éteigne en 1973. Ostracisé par le gouvernement tibétain en exil, le Chushi Gangdruk décide de s'expatrier aux Etats-Unis et se rétablit à New York en 1999, où il organise en décembre 2006 sa première conférence internationale, réaffirmant son engagement indéfectible dans la lutte pour l'indépendance du Tibet.