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SOUTIEN EUROPÉEN À L'INDÉPENDANCE TIBÉTAINE
Le Forum international de Turin
Turin (Italie), mai 2006

sommaire : AT n°2 - 2007
auteur :
dossier : Conférences
autre langue : anglais
 

Le Forum International pour un Tibet Libre s'est tenu à Turin (Italie), le 26 mai 2007, pour explorer de nouvelles stratégies et débattre de la question de l'indépendance du Tibet.

Près d'une centaine de personnes y ont assisté, parmi lesquelles des délégués, des intervenants et des invités provenant des Etats-Unis, d'Inde et d'Europe (Italie, France, Suisse et Espagne). Plusieurs figures indépendantistes tibétaines y ont participé : Palden Gyatso, Jamyang Norbu (Alliance Rangzen), Dhundup Namgyal Khorko (Chushi Gangdruk), Chime Yungdrung (National Democratic Party of Tibet), Lhadon Tethong (Students for a Free Tibet), parmi d'autres représentants d'ONG tibétaines et de groupes de soutien. Des représentants syndicaux et politiques italiens ainsi que le dissident démocrate chinois Wei Jingsheng étaient également présents.

Ce forum a été organisé par la Campagna di Solidarieta con il Popolo Tibetano en collaboration avec Tibet Culture House, Tibet Destination Rangzen et Alternative tibétaine, et a été sponsorisé par le syndicat italien CISL-ISCOS avec le soutien du Conseil régional du Piémont et de la Compagnia di San Paolo.

D'autres participants étaient attendus, tels que Tanak Jigme Sangpo ou Ngawang Woeber (Guchusum), mais n'ont pas pu venir. Des messages de Larry Gerstein (International Tibet Independence Movement) et de Harry Wu (Laogai Research Foundation) ont ainsi été lus et le forum a également reçu les encouragements de Kelsang Phuntsok, alors président du Tibetan Youth Congress (TYC), de Tenzin Tsundue (Friends of Tibet) et de Lhasang Tsering, ancien président du TYC.

Le Forum International de Turin s'est inscrit dans la droite ligne des précédentes conférences internationales de Washington (septembre 2006) et de New York (décembre 2006) et dans la perspective de celle de New Delhi (juin 2007), comme une nouvelle étape dans le mouvement émergent en faveur de Rangzen.

Ce forum a permis à des partisans indépendantistes tibétains de plusieurs pays et de différentes organisations de se réunir afin de discuter de l'avenir de leur combat, de partager leurs expériences et de définir des stratégies communes.

La participation de non-Tibétains à ce forum a également permis de démontrer que les Tibétains n'étaient plus seuls dans leur lutte pour l'indépendance : ils sont désormais soutenus et reconnus dans leur juste combat.

Considérant l'impasse de toute tentative de dialogue avec Pékin, les participants au forum ont clairement réaffirmé le droit à l'autodétermination du peuple tibétain et ont exprimé le besoin d'un mouvement indépendantiste unifié et de stratégies alternatives.

Ils ont également exprimé la nécessité d'un front commun entre tous les opposants au régime de Pékin.

Le Forum International de Turin a été un moment important pour aider et soutenir les Tibétains à prendre leur destin en main et exiger de la communauté internationale, en particulier l'Union européenne, qu'elle assume ses responsabilités.


DÉCLARATION DE TURIN


Malgré l'image que le Parti communiste chinois continue de donner du pays, la réalité de la Chine s'avère sensiblement différente. L'augmentation des inégalités et de la corruption se propage à tous les niveaux du système. La condition des paysans, qui constitue la majorité de la population, continue de se détériorer d'un point de vue économique, social et environnemental. Enfin, le développement économique, là où il est présent, n'a pas amélioré les conditions de vie et de travail pour la majorité des travailleurs, et toutes les libertés fondamentales continuent d'être niées.

A ce sujet, comme le confirment les sources officielles de Pékin, la contestation sociale se propage en constante augmentation. S'ajoutent à cela la résistance non-violente des adeptes du mouvements spirituel Falun Dafa, la lutte des travailleurs qui cherchent à faire naître des syndicats libres, tandis que les mouvements de lutte contre l'occupation chinoise se réorganisent au Turkestan oriental et en Mongolie méridionale.

Sur le plan international, la politique de Pékin s'avère plus agressive d'un point de vue politique, économique et militaire (l'augmentation vertigineuse du budget de la défense laisse envisager la possibilité d'une action de force contre Taiwan).

Le Tibet dans le contexte chinois

Ces dernières années, la politique de Pékin au Tibet n'a pas changé et s'est même renforcée selon plusieurs angles. L'afflux de colons chinois se poursuit massivement. Ce phénomène accentue toujours davantage la marginalisation des Tibétains, tandis que ces derniers n'ont reçu aucun bénéfice des maigres investissements du prétendu "plan de développement des régions de l'Ouest" programmé par Pékin. L'exercice de toutes les libertés fondamentales, aussi bien civiles que religieuses, continue de leur être constamment refusé malgré les nombreuses initiatives et prises de position de Parlements et d'organismes internationaux. Nous sommes également aujourd'hui les témoins impuissants du déplacement forcé des paysans et des éleveurs nomades.

Ainsi, avec regret, nous sommes contraints de prendre acte de l'échec patent de toutes les initiatives politiques et diplomatiques précédemment mentionnées.

Nous constatons notamment que, dix-neuf ans après la Proposition de Strasbourg (juin 1988), les efforts du Dalaï-Lama et du gouvernement tibétain en exil n'ont produit aucun résultat concret malgré les concessions successives envers le régime chinois. A cela s'ajoute le renoncement récent au droit inaliénable à l'autodétermination du peuple tibétain (lequel est défini dans la déclaration du Dalaï-Lama du 10 mars 2006 comme "l'un des groupes les plus importants parmi les 55 minorités nationales chinoises").

Il en résulte comme une évidence que le soi-disant "dialogue", qui a beaucoup été amplifié, n'a pas modifié cette situation mais a aussi fourni aux gouvernements et aux institutions internationales l'alibi pour ne pas donner de suites concrètes à certaines résolutions importantes sur le Tibet (comme la résolution du Parlement européen du 6 juillet 2000).

L'une des conséquences les plus préoccupantes de cette approche est une baisse de tension générale autour de la question tibétaine, à laquelle s'ajoute la confusion toute aussi préoccupante parmi les Tibétains et leurs partisans auxquels il a été explicitement demandé de suspendre toute activité de dénonciation contre Pékin. En outre, en plusieurs occasions, le Dalaï-Lama et plusieurs représentants de son gouvernement en exil ont ouvertement soutenu des projets ou des propositions tels que l'adhésion de la République populaire de Chine à l'OMC et l'attribution des Jeux olympiques à Pékin. Il convient de rappeler également la déclaration du Premier ministre tibétain qui salue l'ouverture de la ligne ferroviaire Golmud-Lhassa comme un fait positif pour le développement économique du Tibet.

Résolution

Partant de ce constat, nous appelons à :

1. Appuyer un mouvement unitaire pour l'indépendance du Tibet, auquel nous pourrions apporter notre soutien inconditionnel et notre pleine collaboration pour réaliser les aspirations du peuple tibétain à l'indépendance, comme l'ont démontré depuis des années et de manière constante de courageux militants en protestant au Tibet même.

2. Etablir une stratégie appropriée, basée sur le droit du peuple tibétain à l'autodétermination, qui tienne compte des décisions prises lors de la Conférence internationale du Dhokham Chushi Gangdruk (décembre 2006) et des principes validés par la Déclaration d'Indépendance des Nations de la Haute-Asie (septembre 2006).

3. Unifier en un front commun toutes les forces d'opposition politique et sociale au régime de Pékin, aussi bien au Tibet   que dans tous les autres pays illégalement occupés par la Chine.

4. Poser les bases pour la fondation d'un syndicat libre qui se batte pour garantir aux travailleurs tibétains un travail digne, un salaire juste et l'exercice des libertés syndicales.

5. Appeler tous les pays libres à boycotter les Jeux olympiques de Pékin en 2008.

6. Exiger des Nations unies de condamner l'occupation illégale du Tibet, du Turkestan oriental et de la Mongolie méridionale.

7. Demander à l'Union européenne de suspendre le soi-disant "dialogue" avec la Chine tant que celle-ci n'aura pas ratifié et intégralement appliqué toutes les conventions internationales auxquelles elle a souscrit.

8. Recourir à la justice universelle(*) et au droit international pour mettre un terme à l'impunité au Tibet et en Chine.

Turin (Italie), le 26 mai 2007

Signataires : Palden Gyatso, Jamyang Norbu (Rangzen Alliance), Dhundup Namgyal Khorko, (Dhokham Chushi Gangdruk), Tamdin Choephel (Tibet Culture House), Chime Yungdrung (National Democratic Party of Tibet), Wei Jingsheng (Wei Jingsheng Foundation), Claudio Tecchio (Campagna di Solidarieta con il Popolo Tibetano), Mathieu Vernerey et Sonia Pradine (Alternative tibétaine), Françoise et François Bruxeille, François Corona (Tibet Destination Rangzen), Alan Cantos et Jose Elias Esteve (Comite de Apoyo al Tibet), Larry Gerstein (ITIM), Mario Scotti (Segretario Generale, CISL Piemonte), Paolo Pozzo (Comitato ISCOS Piemonte), Bruno Portigliatti (Unione Buddhista Europea), Antonello Brandi (Laogai Research Foundation Italy), Angelo Montali (Movimento Cristiano Lavoratori), Piero Verni, Claude B. Levenson, Antonio Attisani, Jean-Claude Buhrer


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(*) cf. Plainte enregistrée à la Haute Cour de Madrid contre d'anciens dirigeants chinois pour crime de génocide et crimes contre l'humanité perpétrés à l'encontre du peuple tibétain