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POSITIONNEMENT DES COURANTS INDÉPENDANTISTES
Et le Dalaï-Lama ?
F O C U S - Alternative tibétaine

sommaire : AT n°2 - 2007
auteur : Alternative tibétaine
dossier :
 

Dans sa résolution de New York, le Chushi Gangdruk appelle le Dalaï-Lama à "revenir sur sa décision de semi-retraite et à ne pas présumer que les Tibétains seront capables de gérer leurs affaires démocratiquement". Interrogé sur ce point, le vice-président du Chushi Gangdruk, Dhondup Korko, a précisé qu'il ne s'agissait pas d'une remise en question du processus de démocratisation en cours, ni d'un impératif adressé au Dalaï-Lama. Il s'agissait d'un appel sincère et respectueux rappelant à celui-ci sa responsabilité historique de guide de la nation, et l'enjoignant à assumer cette responsabilité jusqu'à la restauration complète de l'indépendance du Tibet. Toutefois, le Dalaï-Lama, désormais âgé, a répété à maintes reprises sa décision de "semi-retrait", au profit d'un gouvernement élu dont les pouvoirs ont été renforcés, insistant plus récemment sur la perspective de son "retrait complet" dans les prochaines années.

Depuis la Proposition de Strasbourg en 1988 et l'abandon officiel de l'objectif de l'indépendance, les indépendantistes s'étaient longtemps résignés à ne concevoir de changement politique en exil qu'après la disparition du Dalaï-Lama - qualifié en interne de "Dilemma". Après avoir évolué sur cette question, leurs attitudes semblent aujourd'hui assez différentes.

L'ancien président du Tibetan Youth Congress, Kelsang Phuntsok, en poste jusqu'en septembre 2007, a appelé en plusieurs occasions le Dalaï-Lama "à se retirer". Cette position a été dénoncée par Jamyang Norbu dans un article intitulé "Looking back from Nangpala" (janvier 2007), pour qui "le Dalaï-Lama n'est pas simplement le symbole d'un Tibet libre et indépendant, mais l'inspiration ultime de la lutte pour la liberté".

Prenant l'exemple du soulèvement de Lhassa en 1959, Jamyang Norbu appelle ainsi le Dalaï-Lama "à revenir" et l'ensemble des Tibétains à l'en convaincre. Selon lui, en 1959, les Tibétains "se sont rassemblés sur le Norbulingka pas seulement de crainte de voir le Dalaï-Lama capturé par les Chinois, mais parce qu'ils craignaient qu'il fasse davantage de concessions, notamment en matière de souveraineté. Ainsi ont-ils voulu que le Dalaï-Lama revienne, et ils l'ont fait revenir". Exprimant différemment cette même idée, Lhasang Tsering confiait dans une communication interne son scepticisme quant à d'éventuels changements en exil, "tant que le Dalaï-Lama persistera à vouloir dialoguer avec les Chinois et que l'indépendance ne sera pas redevenu l'objectif ultime de notre lutte". S'il n'est plus question aujourd'hui d'attendre la disparition du Dalaï-Lama, la jeunesse tibétaine semble quant à elle avoir bien compris la main tendue par celui-ci. Ainsi, Tenzin Tsundue, porte-flambeau du renouveau tibétain, a jugé la décision du Dalaï-Lama de "geste positif qui montre sa volonté de renforcer le processus démocratique qu'il a lui-même initié et de nous rendre moins dépendants de sa propre personne". Sans désespérer de le faire "revenir", les indépendantistes semblent aujourd'hui vouloir se préparer à l'après Dalaï-Lama, et profiter qu'il soit encore en vie pour préparer et amener l'alternance. Avec ce soucis, plus que jamais ancré, de ne plus créer l'impression d'un quelconque conflit avec lui.

M.V.