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EXTRAITS DU N°1 D'ALTERNATIVE TIBÉTAINE (2006)
Rétrospective "démocratique"
F O C U S - Alternative tibétaine

sommaire : AT n°2 - 2007
auteur : Alternative tibétaine
dossier : Démocratie
 

Dans le n°1 d'Alternative tibétaine (2006), un dossier de quatre pages était consacré au processus de démocratisation en exil et à l'action du Parlement. Voici quelques extraits des principaux articles afin de recontextualiser et poursuivre le débat sur ces questions majeures.

Processus politique

DES INSTITUTIONS MECONNUES : "Lors de la septième session du Parlement tibétain, en mars 2004, l'auguste assemblée a adopté une résolution proposée par l'un de ses membres. Celle-ci appelait à réviser la politique actuelle du gouvernement tibétain - la voie du milieu - si, dans un délai d'un an, la partie chinoise échouait à entamer des négociations formelles pour résoudre le problème du Tibet. La résolution a soulevé un important chahut chez une partie de la population, et le débat qui s'en ait suivi a aussi largement été biaisé.
Ceux qui se sont opposés à cette résolution ont mis en avant, parmi deux raisons principales, que cela sapait les pouvoirs du Dalaï-Lama. Or la résolution en question n'appelle qu'à une révision de la politique de la voie du milieu avec des conditions préalables, au niveau du Parlement.
Sa Sainteté, en tant que chef d'Etat et du gouvernement, est au-dessus du Parlement d'un point du vue institutionnel. La question des pouvoirs et des prérogatives du Dalaï-Lama entrera en jeu seulement après que le Parlement aura présenté le résultat de son action pour qu'il l'approuve ou le rejette. A son propre niveau, le Parlement est entièrement compétent pour mener à bien ses fonctions, comme stipulé dans la Charte des Tibétains en exil. Ainsi, les rôles de chaque institution démocratique sont clairement définis sur la base du principe de non-interférence. Le Parlement est l'organe législateur suprême, et énoncer la politique nationale est sa fonction pivot."
Tibetan Youth Congress
(Réviser la voie du milieu)

RESISTANCE REGIONALISTE : "Bien que nous ayons reçu la démocratie comme une bénédiction, nous devons nous efforcer de la rendre efficace. Et nous n'avons même pas réussi à faire cela : assumer nos responsabilités démocratiques. Un exemple récent est la résolution votée par le treizième Parlement lors de sa session de mars (2004) pour "réviser l'approche de la voie du milieu comme politique du gouvernement", accordant à la Chine une année pour répondre à notre proposition de parvenir à une solution négociée.
Maintenant (en septembre 2004), cette résolution qui a été votée par une majorité de députés a fait l'objet de censure par deux groupes régionaux, lesquels publièrent des communiqués de presse à son encontre. L'un des groupes alla même jusqu'à dire que, si la résolution votée par le Parlement n'était pas retirée, les dix membres de ce groupe régional démissionneraient de leur poste. Si cela arrivait, plus de vingt pour cent des députés existants démissionneraient, ce qui handicaperait sérieusement le Parlement.
Cette tentative de prendre le Parlement en otage se donnait la justification suivante : "Réviser la politique de la voie du milieu réduirait le pouvoir du Dalaï-Lama". Or, c'est lors d'une résolution du douzième Parlement que la politique du gouvernement a été adoptée, et le Parlement a la responsabilité de contrôler l'efficacité de ces politiques de temps à autres. Ceci est son rôle, et cela ne revient pas à réduire le pouvoir de Sa Sainteté."
Tenzin Tsundue
(Mangtso : notre vision démocratique)

Elections 2006

L'APPEL DE LA JEUNESSE  : "Une nouvelle élection législative s'approche, de même que l'opportunité de faire des choix nouveaux pour notre Parlement. A l'heure où nous traversons l'un des moments les plus difficiles de notre lutte pour la liberté, il est opportun que nos députés soient sincères, éclairés et efficaces, et qu'ils rendent des comptes de leurs engagements jusqu'au terme de leur mandat. Nos députés doivent avoir l'aptitude et la sagesse de débattre et de prendre des décisions basées sur les faits et la raison, et non pas rester divisés sur des politiques insignifiantes et regrettables inspirées par d'anciens préjugés régionaux et par des activités factieuses. Nous sommes une équipe de jeunes militants patriotes, unis par leur amour commun pour un rêve appelé Tibet libre, et nous proposons une liste de candidats, dont nous sommes sûrs qu'ils feront de bons représentants."
Liste Youth for Better MPs

Système électoral

LE FARDEAU REGIONAL : "Les jeunes tibétains ne veulent pas porter le poids supplémentaire de leurs identités régionales et claniques qui, plus que tout, sont devenues un instrument de division pour de nombreux politiciens de bas étage dans la communauté. Les jeunes tibétains choisissent de rester loin de ces catégorisations. C'est une nouvelle génération qui émerge avec son propre sens de l'identité. Ils ont vu de telles catégorisations avoir pour résultat un fondamentalisme communautaire. Le défi est de connaître ses racines culturelles et parentales, et cependant de ne pas tomber dans le piège du fanatisme clanique qui a rigidifié les parlementaires tibétains. C'est un équilibre délicat qu'il me semble que nos jeunes doivent maintenir pour entraîner la communauté de l'avant, vers un développement positif. A travers cela, nous atteindrons cette fantastique vision démocratique pour laquelle les exilés se battent."
Tenzin Tsundue
(Sontsa : le pouvoir de la jeunesse)

BASES ELECTORALES SUPERFICIELLES : "Depuis que nos députés sont élus sur des bases superficielles et infondées - les affiliations régionales et claniques -, que font-ils exactement au Parlement en tant que représentants du Kham, de l'Amdo ou de l'U-Tsang ou bien encore des   écoles religieuses ? Durant de nombreuses années, les voix se sont élevées dans différentes parties de la communauté pour changer la base des candidatures selon la répartition des Tibétains en exil. Ceci peut être un véritable champ d'expérimentation. Une   fois qu'une solide culture démocratique se sera développée dans la communauté, cela s'avérera utile pour le futur Tibet."
Tenzin Tsundue
(Mangsto : notre vision démocratique)

LAICISER LE POLITIQUE : "Actuellement, il existe une contradiction déconcertante dans la position du gouvernement tibétain en exil. D'un côté, il se fait l'avocat de la laïcisation. Et de l'autre, il politise la religion en en faisant une base électorale. En fait, lors de la grande réunion générale convoquée cette année (1999) par le gouvernement tibétain, un grand nombre de participants ont vigoureusement condamné le système qui autorise les moines et les nonnes à bénéficier de deux voix - une voix à l'échelon régional et une autre à l'échelon cultuel - alors que toutes les autres personnes n'en ont droit qu'à une."
Jamyang Norbu
(La charte Rangzen)

Partis politiques

MULTIPARTISME : "Nous parlons depuis plusieurs années de démocratie au sein de la communauté, mais nous n'avons jamais eu plusieurs partis politiques. Ces différents groupes associatifs, ou politiques, soutiennent l'idée que doit se développer une véritable vie démocratique. Mais aujourd'hui, nous n'avons qu'un seul "parti". De plus, les élections au sein de la communauté tibétaine ne sont pas démocratiques. Car, le plus souvent, elles sont basées sur des décisions unilatérales prises par les dirigeants actuels et par les représentants des cinq grandes lignées religieuses traditionnelles. Cet unique parti politique s'appelle le "Parti National Démocratique du Tibet" (NDLR : lequel n'est pas représenté au Parlement et ne participe pas au gouvernement). Mais la logique voudrait qu'il y en ait d'autres. Nous nous battons depuis 40 ans pour que soit rendue au Tibet la liberté et pour nous retrouver enfin ensemble dans un pays libre. Nous avons besoin de la démocratie et de partis politiques démocratiques afin de ne pas avoir à subir une seconde oppression."
Lhasang Tsering
(Multipartisme et choix politiques)

LA REPRESENTATIVITE DE RANGZEN : "Mais avant même de s'adresser aux occidentaux que nous sommes pour soutenir ce combat légitime, les Tibétains devraient assurer la représentativité de Rangzen au sein de la communauté en exil, seule à pouvoir s'exprimer librement. J'appelle donc toutes les composantes indépendantistes tibétaines à se réunir au sein d'un seul parti politique qui aura pour mission : de rétablir une vérité historique mise à mal par la politique du gouvernement tibétain ; de rappeler la légalité de son   aspiration à la souveraineté nationale ; d'en assurer enfin la représentativité politique au sein des institutions en exil ; et d'agir pour obtenir à terme une véritable alternance démocratique."
Fançois Corona
(La représentativté de Rangzen)

Les résolutions de 2004

Lors de sa session de mars 2004, le Parlement tibétain en exil a adopté une résolution prévoyant de réviser la politique actuelle du gouvernement basée sur la voie du milieu, en l'absence de réponse positive de la Chine d'ici à mars 2005. A la veille de la session suivante, en septembre 2004, les représentants de deux groupes régionaux (l'U-Tsang et l'Amdo) ont menacé de faire démissionner en bloc leurs députés au Parlement si la résolution n'était pas annulée. Cette résolution a suscité des débats houleux en séance plenière, avant de faire l'objet d'un vote portant sur son annulation. Celle-ci a été prononcée avec 21 voix pour et 9 voix contre, et la défection de 14 députés qui ont quitté la salle avant la délibération.
Cela s'est produit le 10 septembre. Dès le lendemain, le gouvernement tibétain en exil annonçait l'envoi imminent d'une nouvelle délégation en Chine. Et le 12 septembre, soit deux jours seulement après la délibération du Parlement, la délégation décollait de New Delhi pour Pékin.
Cet enchaînement des événements fait apparaître la réaction de la Chine comme une contrepartie attendue et conditionnelle : que la politique actuelle du gouvernement tibétain, qui lui est favorable, ne soit pas changée. Le soutien providentiel de Pékin à la voie du milieu n'est donc pas à déconnecter du lobbying intense qui s'est opéré en amont au sein du Parlement. Hormis l'annulation d'un éventuel changement politique, cela n'a donné lieu à aucun autre "résultat positif".
M.V.