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LE TIBET À LA CROISÉE DES AXES STRATÉGIQUES
Équilibre himalayen
F O C U S - Alternative tibétaine

sommaire : AT n°2 - 2007
auteur : Alternative tibétaine
dossier : Géopolitique
 

Réouverture du col de Nathu-la

L'Inde et la Chine se sont entendues au mois de juin 2006 pour une réouverture progressive du col de Nathu-La, entre le Sikkim et le sud du Tibet et qui permet, à 4310 m d'altitude, la liaison la plus directe entre les deux pays. Officialisée le 6 juillet 2006, la réouverture de cette route permettra un transit commercial restreint durant une période initiale de 5 ans. Présenté comme un signe du rapprochement sino-indien, ce geste reste toutefois très prudent au regard des nombreux contentieux frontaliers qui opposent toujours les deux géants voisins. Tout en considérant l'impact commercial, le gouvernement local du Sikkim reste pour sa part réservé, se rappelant l'irruption soudaine des troupes chinoises par ce passage lors de la guerre sino-indienne de 1962. En outre, certains experts militaires indiens craignent que la Chine utilise ce passage pour étendre son réseau d'espionnage et ses manoeuvres de déstabilisation à l'intérieur du pays. Tandis que les accords préliminaires en 2003 ont immédiatement suscité l'enthousiasme des partenaires commerciaux, les officiels du renseignement militaire ont fait part publiquement dès l'année suivante de leurs profondes inquiétudes en matière de sécurité. Les négociations n'ont notamment jamais été accompagnées d'accord sur une réduction des troupes stationnées le long de la frontière.

Implications pour le Bhoutan

Pour l'Inde, la réouverture du col de Nathu-la semble avoir signifié la reconnaissance de facto du Sikkim par la Chine comme province indienne. Pour autant, le Bhoutan voisin, qui se refuse depuis 1949 à toute relation diplomatique avec Pékin, possède une frontière de 470 km avec son voisin chinois, laquelle fait toujours l'objet de nombreuses disputes. Le Bhoutan a ainsi vu d'un mauvais oeil la construction de nouvelles routes par la Chine l'année précédente à sa propre frontière et s'y est formellement opposé. La réouverture du Nathu-la, qui permet la liaison sur un corridor naturel entre les deux pays, représente une nouvelle étape dans la pression exercée par Pékin sur le royaume bhoutanais pour l'ouverture de ses frontières et la normalisation de ses relations diplomatiques. New Delhi, pour ne pas perdre l'avantage de sa relation privilégiée avec le Bhoutan depuis 1949, va ainsi devoir repenser ses engagements à son égard, ainsi que l'ensemble de sa stratégie de sécurité dans la région de l'Himalaya.

Par ailleurs, l'Inde accuse un retard important dans le développement de ses propres routes stratégiques dans une autre province frontalière du Bouthan et revendiquée par la Chine, l'Arunachal Pradesh. New Delhi a ainsi décidé d'avancer de quatre ans son programme d'un réseau routier de 3000 km dans cette région, dont les travaux commenceront en 2009 au lieu de 2013. Craignant jusqu'alors que ce projet facilite l'accès à l'armée chinoise, l'Inde y voit désormais le meilleur moyen d'assurer la mobilité de ses propres troupes.

Duel ferroviaire Inde-Chine

Le gouvernement chinois projette le prolongement de la ligne Gormo-Lhassa jusqu'à Shigatse, puis jusqu'au poste frontière de Yadun, et espère à terme une liaison ferroviaire jusqu'à Delhi. De son côté, le gouvernement népalais plaide pour une liaison directe entre la Chine et le Népal. Face au développement ferroviaire chinois jusqu'aux abords du Sikkim, l'Inde s'efforce de compenser le retard de ses propres projets dans une autre région frontalière contestée, le Cachemire. Là où il a fallu cinq ans à la Chine pour prolonger 1142 km de rails de Gormo à Lhassa, l'Inde tarde encore à achever les 292 km du prolongement de la ligne Udhampur-Srinagar-Baramulla, onze ans après la première approbation du projet. Le tronçon Udhampu-Katra devait être opérationnel en février 2007, avant de pouvoir achever la section cruciale jusqu'à Qazigund en 2008-2009. Sur l'autre section Qazigund-Baramulla, le tronçon Kakapore-Srinagar-Rajwansher pourrait être opérationnel fin 2007. Une course contre la montre pour tenter de compenser le déséquilibre ferroviaire de part et d'autre de l'Himalaya selon certains axes stratégiques.