TRANSALPINE TIBÉTAINE
 
24 HEURES - 26/08/2000
Nice-Genève, avant Genève-Lhassa

(GENÈVE) Tibet libre : marche internationale à travers les Alpes. Quarante-neuf jours à pied et par tous les temps pour symboliser quarante-neuf ans d'occupation chinoise.


Par Michel Rime


Un peu avant neuf heures hier matin, ils passaient la douane de Moillesulaz. Certains avaient quitté Nice le 9 juillet dernier. D'autres avaient pris le tram pour les escorter sur territoire genevois. En tête de 100 à 200 personnes avec enfants, un petit moine tout en grenat arborant un calicot au slogan simple : décolonisation (lire ci-dessous). Des dizaines de drapeaux jaune, bleu, rouge, blanc arborant deux lions de neige donnaient au cortège un air de fête. Pas de cris, pas de revendications scandées, on se serait cru à une procession silencieuse mais bigarrée.

Règles sanitaires chatouilleuses

Des yacks auraient dû être de la partie, mais les règles sanitaires suisses sont chatouilleuses. Parmi les marcheurs, des Tibétains comme la nonne Palchen Dolma (67 ans), qui après avoir déjà marché entre San Francisco et Los Angeles en mai et juin derniers, a tenu à réitérer l'aventure sur sol européen. D'autres, à l'image du rayonnant Réting Tempa Tséring, vétéran de la cause tibétaine, emprisonné par les Chinois pendant vingt-deux ans et gréviste de la faim à Genève l'an dernier, ou Nawang Lhamo, députée du Parlement tibétain en exil. Et des Européens: Français, Italiens, Hollandais, Anglais, Polonais et Suisses.

Prières, slogans et repas

Tout ce petit monde est parvenu, en fin de matinée sur la place des Nations. A l'ombre de la grande chaise estropiée, symbolisant le drame des mines antipersonnel, ils ont pris possession du petit pré qui fait face au Palais des Nations. Une estrade avait été installée devant une peinture représentant le fameux Potala ancien palais des dalaï-lamas à Lhassa et même une stupa (petit édifice religieux rendu célèbre par le capitaine Haddock dans Tintin au Tibet) avait été érigée.

"Pluie, neige, orages, cols infranchissables pour les chevaux, chaque jour sur les quarante-neuf qu'a comptés cette aventure de 700 km a été un défi", a tenu à rappeler Mathieu Vernerey, coordinateur de cette marche transalpine. Et de rêver à haute voix à un prochain voyage conduisant une autre caravane de Genève à Lhassa, afin de ramener les Tibétains chez eux. Des orateurs aux yeux bridés ont loué l'extrême sollicitude des gens rencontrés tout au long du périple.

Regrets

Réting Tempa a chaleureusement remercié les maires de certaines localités traversées qui lui ont promis de laisser flotter chez eux le drapeau tibétain tant que les hauts plateaux seraient occupés. Certains ont regretté la peur de la Chine qui règne dans les arènes onusiennes. D'autres ont dénoncé les sévices chinois allant jusqu'aux stérilisations et aux avortements forcés. L'Organisation de femmes tibétaines de Suisse s'est fendue de deux émouvantes chansons. La députée genevoise Erika Deuber-Ziegler et René Longet, maire d'Onex, sont venus apporter leur soutien.

M.R.

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FOCUS - INTERDITS COMME AU TIBET

Le genevois Palais Wilson, promulgué temple des droits de l'homme de la communauté internationale, serait-il, tout comme le Tibet, sous la férule chinoise ? Les Tibétains ne sont pas loin de le penser. Hier, en effet, porteurs d'une pétition à l'attention de Kofi Annan, une petite délégation emmenée par le moine Palden Gyatso (ex-prisonnier politique et auteur du Feu sous la neige) s'est vue contrainte d'abandonner à l'extérieur du bâtiment le drapeau de leur pays et un portrait du dalaï-lama. Raisons évoquées: des problèmes de sécurité. Le vénérable Palden Gyatso a eu beau expliquer qu'un tissu et du papier étaient plutôt inoffensifs, les vigiles n'ont pas cédé. On sait ces deux emblèmes farouchement interdits dans tout le Tibet occupé.
La pétition, réceptionnée par une anonyme fonctionnaire de la commission des droits de l'homme, demande au secrétaire général de l'ONU de considérer le Tibet comme la plus grande colonie du monde. En cette année 2000, dernière de la décennie internationale de l'élimination du colonialisme, les pétitionnaires souhaitent donc que le Toit du Monde soit intégré d'urgence à ce programme de décolonisation. Ils estiment également urgent que s'ouvrent, sous l'égide de l'ONU, des négociations entre leur gouvernement en exil et la Chine. Kofi Annan est également prié de réaffirmer le droit à l'autodétermination du peuple tibétain comme le recommande une résolution acceptée en 1961.
M.R.


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