TRANSALPINE TIBÉTAINE
 
LE DAUPHINÉ LIBÉRÉ - 06/08/2000
Les pieds dans les Alpes, et le coeur au Tibet

(VALFRÉJUS) La marche de solidarité avec le Tibet est arrivée hier en Savoie. Nous avons fait un bout de chemin avec Freedom, Michel, Yeshi, Nawang et les autres randonneurs partis de Nice le mois dernier. Ils sont attendus demain à Pralognan et mardi à Champagny.


Par Jacques Leleu


Elle s'appelle Freedom. "Si, si, c'est mon vrai prénom", ajoute-t-elle dans un sourire qui tente d'effacer la longue marche commencée le 9 juillet à Nice. Un sourire pour ne pas oublier aussi la pluie, le vent et le froid. Il a même neigé dans la nuit de vendredi à samedi, tandis que la caravane faisait halte au refuge du Mont Thabor, les uns à l'intérieur, les autres mal abrités par un duvet mouillé sous une tente détrempée. "Ce n'est pas tous les jours facile, mais on peut trouver chaque soir un abri, on mange bien et l'accueil est partout très chaleureux. Alors qu'ils risquent leur vie pour traverser les montagnes dans leur exil", ajoute Freedom pour expliquer ce qui l'a conduite à prendre son sac à dos pour répondre à l'appel.

Hier avait lieu la première étape savoyarde d'un périple de 700 kilomètres à travers les Alpes pour sensibiliser l'opinion sur la situation du Tibet aujourd'hui. Une traversée de 50 jours pour symboliser un demi-siècle d'occupation chinoise, avant une arrivée prévue le 26 août prochain à Genève où un rassemblement se déroulera place des Nations, face à l'ONU. Ce jour là, les manifestants rappelleront à la sous-commission des droits de l'Homme aux Nations unies qu'elle ne doit pas oublier le Pays des neiges.

En attendant, la longue colonne à découvert la Maurienne, en suivant le mythique sentier de randonnée GR5 jusqu'à Valfréjus, puis Modane, avant de poursuivre sa route vers Pralognan (demain) et Champagny (mardi). Drapeaux tibétains dansant dans le vent, ils avancent au pas de Gueshe Thupten Tempa, docteur en philosophie bouddhique, et Yeshi Phuntsok, président du parti national démocratique du Tibet, le portrait du Dalaï-Lama tanguant sur une poitrine protégée de la traditionnelle robe prune et jaune. Derrière, ils sont venus de l'Europe, pour vivre les pieds dans les Alpes et le coeur dans l'Himalaya. Ils sont entre cinquante et soixante-dix selon les jours, les uns une seule étape, les autres pour toute la traversée.

"Ils viennent avec des attentes très différentes" constate Mathieu Vernerey, coordinateur de la marche. "Il y a des gens déjà très concernés par la cause tibétaine ; des randonneurs ou des professionnels de la montagne qui ont pris conscience de la répression chinoise lors de trekkings en Himalaya ; des militants d'associations de lutte pour les droits de l'Homme ; des personnes très attirées par la pensée bouddhiste, réceptives aux messages apportés par les Tibétains venus se joindre au groupe, ou qui nous suivent en voiture parce qu'ils n'ont pas la force de marcher". C'est le cas de Palden Gyatso, religieux détenu 33 ans dans les prisons chinoises où il a subi de lourds sévices.

Il s'appelle Michel. Il y a du Don Quichotte dans ce long corps mince protégé par un chapeau et un manteau de cuir, avançant au rythme d'un des sept chevaux rassemblés pour porter les bagages ou les personnes fatiguées. "Je suis du Maine et Loire, mais je passe une grande partie de l'année à faire du ravitaillement de refuges dans le Mercantour. Je n'ai pas hésité quant mon ami, gardien de refuge, m'a proposé de participer avec mon cheval".

Il ne manque que les yacks à l'appel. Un imbroglio politique, administratif et sanitaire n'a pas permis aux organisateurs de faire venir du Valais les six grosses bêtes à poil qui devaient faire partie du voyage.

Elle s'appelle Nawang Lhamo, députée du Parlement tibétain en exil, à Dharamsala, cette ville du nord de l'Inde où vivent le Dalaï-Lama et une partie des Tibétains qui ont fuit leur pays. Elle avance sans peine sur le sentier et saisit chaque occasion de rappeler le sens de son combat. Aux touristes, aux élus et habitants, aux journalistes venus en nombre au gré des étapes. "Je ne m'attendais pas à un tel accueil partout où nous passons. Certains sont déjà au courant de ce qui se passe là-bas ; d'autres ont du mal à réaliser quand je leur parle de la situation des femmes, et des tortures que leur font subir les Chinois dans les prisons", résume cette militante née sur la route de l'exil, alors que ses parents venaient de passer la frontière. Elle découvre les Alpes à l'occasion de cette marche.

"Je n'imaginais pas que les habitants pouvaient vivre en montagne avec un tel confort ; quand je vois les routes, leurs vêtements, leurs logements... Ils peuvent rester chez eux et vivre en paix".

Leur parcours est moins exotique. Christiane et Roland habitent Modane. Mais hier, ils ont voulu faire un bout de chemin avec tous les marcheurs. "Nous avons découvert le Laddakh lors d'un trekking. Nous y avons rencontré la soeur du Dalaï-Lama, et un centre d'accueil d'enfants tibétains".

Depuis, ils ont les pieds dans les Alpes, mais une partie de leur coeur bat pour les peuples de l'Himalaya.

J.L.

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FOCUS - SUR LA ROUTE SOLIDAIRE

Les marcheurs ont prévu de ponctuer les étapes de rencontres entre les populations locales et des Tibétains exilés qui participent à la marche. Ainsi hier soir à Modane, une table ronde réunissait plusieurs Tibétains venus témoigner de la situation dans leur pays. Les randonneurs étaient ensuite hébergés à la salle des fêtes de Modane, d'où ils ont repris ce matin leur marche pour être ce soir au refuge de l'Orgère.
Demain, ils iront de l'Orgère à Pralognan en passant par le col de Chavière. Le 8 : Pralognan-Champagny. A Champagny, des stands d'artisanat seront installés, et un échange sur l'environnement tibétain et celui du parc de la Vanoise est prévu avec un garde-moniteur du parc. Le 9 : départ de Champagny pour rejoindre Peisey-Nancroix par la col de la Chiaupe. Le 10 : Peisy-Nancroix-Landry-Bourg-St-Maurice. Le 11 : repos à Bourg-St-Maurice. Le 12 : Bourg-St-Maurice-Les Chappieux. Le 13 : Les Chappieux-Col de la Croix du Bonhomme-Les Contamines. La marche se poursuivra en Haute-Savoie avant d'arriver à Genève.


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