TRANSALPINE TIBÉTAINE
 
LE DAUPHINÉ LIBÉRÉ
+ SIX ARTICLES (HAUTES-ALPES)
26/07/00 - (Barcelonnette) Marcher vers un Tibet libre
02/08/00 - (Abriès) Pour un Tibet libre
02/08/00 - (Briançon) La ville à l'heure tibétaine
02/08/00 - Tibet, la Meije comme promontoire
03/08/00 - (Briançon) Cette musique qui rassemble au-delà du Tibet
04/08/00 - (Briançonnais) Le fait du jour

 


LE DAUPHINÉ LIBÉRÉ - 26/07/2000
Marcher vers un Tibet libre

(BARCELONNETTE) Après la Marche du Tigre organisée entre Lyon et Marseille en octobre 1998, la marche américaine réalisée entre San Francisco et Los Angeles ces derniers mois, une troisième marche en faveur du peuple tibétain a été programmée cet été, en Europe. Réalisée entre Nice et Genève, du 9 juillet au 26 août, elle a été baptisée la Transalpine tibétaine. Cette traversée des Alpes, l'effort et l'endurance qu'elle nécessite, la dimension collective de l'entreprise font de cette marche un véritable défi.
Arrivée en Haute Ubaye dimanche dernier, la caravane des marcheurs européens et tibétains a mis à profit cette halte pour sensibiliser la population. Une superbe exposition, aimablement prêtée par la fondation Alexandra David Neel, témoignait non seulement des échanges entre le Tibet et les Alpes de Haute Provence mais permettait aussi à ces marcheurs de rendre hommage à l'exploratrice qui a rencontré à plusieurs reprises le peuple tibétain.
Organisée dans la salle du marché couvert à Barcelonnette, elle a également donné l'occasion à un bon nombre de visiteurs de découvrir une large palette d'objets du pays ainsi que des superbes photographies réalisées par Matthieu Belin dans un camp de réfugiés en Inde. Cette exposition rassemblait également foule d'informations sur l'aspect géopolitique du Tibet, la violation des droits de l'Homme ou encore sur le problème de la colonisation.
D'autre part, une conférence-débat autour du Tibet a permis à Ani Pachen Dolma - résistante khampa, ancienne prisonnière politique rescapée de 22 années d'emprisonnement - de faire part de son expérience et de répondre aux interrogations du public. Cette nonne, âgée de 67 ans, active participante de la marche américaine qui a eu lieu du 25 avril au 24 juin dernier, est le lien direct entre cette marche et la Transalpine tibétaine. L'autre intervenant était Acharya Yeshi Phuntsok, le président du Parti national démocratique du Tibet. Par sa présence, il veut être le lien entre les élus tibétains et français, faciliter les échanges, obtenir un soutien beaucoup plus ferme de la Communauté européenne et réaffirmer la démocratisation en cours de la communauté tibétaine en exil. Le Tibet libéré sera un Tibet démocratique.
Hier matin, les marcheurs accompagnés d'une dizaine de chevaux, sont partis en direction du refuge du Chambeyron ; là après une nuit de repos ils rejoindront aujourd'hui Maljasset dans la vallée de Maurin, avant de rallier, le lundi 31 juillet, via l'Italie, Briançon.
© Le Dauphiné Libéré


LE DAUPHINÉ LIBÉRÉ - 02/08/2000
Abriès - Pour un Tibet libre

(QUEYRAS) Discrètement, ils sont arrivés à Abriès dimanche vers 16 h, depuis le refuge du Viso. Une cinquantaine en tout s'étaient engagés dans cette marche pacifiste pour un Tibet libre. A l'arrivée des marcheurs, l'accueil était chaleureux. Nombreux étaient ceux qui s'étaient déplacés pour assister à cette journée placée sous le signe du Tibet. La caravane en était à sa troisième semaine de marche. Elle durera cinquante jours, un jour pour chaque année depuis l'invasion du Tibet par la Chine.
La journée du 29 juillet était consacrée aux prisonniers politiques. Certains participaient à la marche, malgré leur âge et le temps passé derrière les barreaux. Ils étaient là malgré le froid et la marche, parfois pénible, en montagne. Leur marche est une véritable croisade pour alerter l'opinion internationale, et notamment occidentale, sur le sort de leur pays, de leur culture et de leur langue. Le combat est long, mais plein d'espoir. D'abord parce que la cause tibétaine rencontre partout un écho de plus en plus favorable, ensuite parce que la Chine est un empire aux pieds d'argile qui connaît des craquements internes.
Un apéritif, puis une conférence ont permis à la parole tibétaine de s'exprimer et surtout d'être entendue. Seuls ont pu s'exprimer les Tibétains anglophones et germanophones, la nouvelle traductrice tibétaine rejoignant directement Briançon où la caravane est arrivée lundi soir. Rapidement, le dialogue s'engagea entre l'auditeur et le Tibétain, qu'il s'agisse d'un président de parti politique, d'une députée du Parlement démocratique en exil ou d'un jeune exilé en Suisse.
Les échanges d'information sur la vie au Tibet, sur la vie en exil, sur l'organisation démocratique en exil, sur l'évolution des nouvelles générations se sont succédés. L'écoute et le respect étaient réciproques. L'opinion était acquise. Le ton fut légèrement différent avec le jeune Tsultrim, exilé en Suisse depuis 25 ans. Il évoqua la lenteur de l'action non-violente, avouant que parfois des pensées et des actions violentes sont tentantes, mais ne remettant pas du tout en cause le Dalaï-Lama ; il a l'impression que ça ne va pas assez vite, que les gouvernements occidentaux n'ont pas trop envie de s'opposer à la Chine.
A Abriès, ils furent là pour dire leur combat pour la liberté du Tibet, pour un Tibet démocratique. Ils étaient là pour que ceux qui l'entendent et le soutiennent à leur tour autour d'eux jusqu'à ce que le Tibet soit de nouveau un pays libre.
© Le Dauphiné Libéré


LE DAUPHINÉ LIBÉRÉ - 02/08/2000
Briançon - La ville à l'heure tibétaine

(HAUTES-ALPES) Partie de Nice le 9 juillet, la Transalpine tibétaine passe par les Alpes pour arriver à Genève le 26 août prochain. Traversant la France, la Suisse et l'Italie, cette caravane composée de 50 marcheurs témoigne de l'invasion du Tibet par la Chine il y a juste 50 ans.
C'est dans la mairie de Briançon qu'Alain Bayrou accueillait cette délégation composée de hauts dignitaires tibétains. On peut citer Mme Passang Memmishofer, président de l'Organisation des femmes tibétains à Zurich ; Palden Gyatso, moine résistant âgé de 67 ans, ou Nawang Lhamo, députée du Parlement tibétain en exil.
"Lorsque les organismes relais nous ont demandé si nous voulions participer" a indiqué Alain Bayrou, "nous avons répondu oui. Votre bataille est la nôtre en quelque sorte. Vous êtes comme nous, vous connaissez l'exil et les difficultés. La montagne peut être difficile à vivre mais très attachante. Nous avons voulu vous accueillir avec vos couleurs. Cette pour cette raison que vous voyez au-dessous du drapeau français flotter le drapeau tibétain. Vos couleurs sont celles de la liberté pour demain. Nous avons la semaine prochaine des musiciens tibétains qui viendront loger à Briançon gratuitement et qui donneront des concerts dans tout le département des Hautes-Alpes. Votre fatigue est importante mais je veux féliciter ceux qui vous accompagnent et vous dire merci d'être passés à Briançon".
Un échange de cadeaux s'en est suivi où Mme Lhamo a offert une écharpe blanche à A.Bayrou qui, tout en lui donnant un livre, commenta : "ces photos sont de notre pays et sachez que lorsque vous serez repartis, elle vous accompagneront dans votre marche et au travers d'elles, nous serons à vos côtés. Tant que vous n'aurez pas retrouvé au Tibet votre liberté, ce drapeau restera à flotter à Briançon".
© Le Dauphiné Libéré


LE DAUPHINÉ LIBÉRÉ - 02/08/2000
Tibet - La Meije comme promontoire

(INTERNATIONAL) Plaider la cause du Tibet, promouvoir sa culture et dénoncer la colonisation chinoise.
Là, à 3200 mètres, devant ce décor de carte postale, Geshe Thupten Tempa, portrait du Dalaï-Lama en bandoulière, a fermé un instant les yeux. Pour lui, comme pour les moines et les représentants de la communauté tibétaine en exil qui ouvrent depuis 24 jours la caravane de la "Transalpine tibétaine", la grandiose Meije avait quelque chose de magique. Elle leur rappelait ce pays que tous ont dû quitter... et que tous espèrent retrouver un jour enfin libéré.
Partie de Nice le 9 juillet dernier, cette grande marche organisée par une association lyonnaise ("La Marche du Tigre", du nom d'un semblable événement organisé il y a deux ans entre Lyon et Marseille) devrait rejoindre Genève le 26 août prochain. Hier, avant de quitter la région Provence-Alpes-Côte d'Azur, tous les marcheurs se sont offert un moment de détente au pied du glacier de la Meije. Déployant un gigantesque drapeau de 80 m2 et une banderole à la gloire du Dalaï-Lama, les participants ont tenu ainsi à placer cette journée sous l'égide de l'enfance tibétaine.
Tous les Tibétains présents, comme ceux qui les soutiennent, confiaient également leur surprise de voir l'ampleur prise par le mouvement et la chaleur de l'accueil qui leur est réservé depuis le départ de Nice.
Jean Beveraggi
© Le Dauphiné Libéré


LE DAUPHINÉ LIBÉRÉ - 03/08/2000
Cette musique qui rassemble au-delà du Tibet

(BRIANÇON) C'était une soirée placée sous le signe de la solidarité entre les hommes, de l'amitié, du partage, mais également une soirée pour découvrir une musique d'origine laïque ou religieuse, traversant le temps et l'espace, afin de véhiculer une tradition garante de la survie du peuple tibétain.
La salle du théâtre du Cardan était comble ce mardi 1er août. Une fois encore, les Briançonnais avaient répondu à l'appel des marcheurs pour la liberté."Cette musique doit rester vivante, elle représente les racines du peuple des hautes montagnes. Au Tibet sous l'oppression chinoise, elle est galvaudée, interprétée comme un banal folklore", comment Benoît Camard, un des organisateurs de la marche et traducteur durant la soirée de Loten Namling. "Pourtant, c'est une musique d'une pureté exceptionnelle et Loten Namling, artiste tibétain en exil, la fait résonner partout en Europe", poursuit-il.
Loten est connu des Briançonnais. Il était déjà venu en 1998 pour défendre la cause de son peuple au cours d'un concert. L'artiste est imposant, il dégage une forte présence ; tout de blanc vêtu, comme les neiges de son pays, il nous entraîne rapidement à partager ces mélopées proches des "mantras" (prières) des pratiquants bouddhistes.
Il s'accompagne du luth, du tambour traditionnel et nous raconte dans ses commentaires, empreints de gravité ou de joie, l'histoire de son pays. Tibétains guerriers au moment de l'invasion chinoise, mais aussi chants d'amour porteurs d'espoir et de liberté malgré l'oppression.
Viennent ensuite des chants dédiés au Dalaï Lama, au Panchen Lama, enfant emprisonné (le plus jeune prisonnier politique au monde), puis une mélopée évoque le lever de bannière du drapeau tibétain, symbolisant le retour du chef spirituel au Potala à Lhassa.
S'enchaînent des sonorités vigoureuses, scandées par le tambour puis un hommage au dieu de la musique exécuté avec le "bol chantant" qui égrène des sons cristallins et sert de support à la méditation.
Au fil de la soirée, le voyage se poursuit, l'esprit s'évade vers les hautes terres himalayennes, à la frontière desquelles Loten Namling va quelquefois chercher son inspiration.
A la conque traditionnelle (sorte de gros coquillage) et au tambour, c'est une invocation envers les dieux qui nous est offerte "réveillez nos coeurs et le coeur des amis du Tibet". C'est sans agressivité que Loten prononce ces paroles : "les Chinois chez eux, les Tibétains chez eux, nous l'espérons tous dans un avenir proche".
Sous la bannière officielle du Tibet empreinte de symbole, la soirée a revêtu une dimension spirituelle forte de sens. Le public a réservé une véritable ovation à l'artiste, mais aussi aux marcheurs, aux organisateurs bénévoles qui poursuivent leur longue route.
Des pétitions pour le peuple tibétain et la libération du Panchen Lama circulaient et recueillaient de nombreuses signatures qui seront bientôt déposées au siège de l'ONU à Genève.
M.F-E
© Le Dauphiné Libéré

-------------------------------------------------------------
FOCUS - LA RÉSISTANCE D'UN PEUPLE VOLONTAIRE
C'est au théâtre du Cadran que la conférencière Claude Levenson, se caractérisant comme la personne la mieux placée pour parler du Tibet, a développé mardi soir, le jour du concert (voir ci-dessus), les événements de l'annexion par la Chine de ce territoire.
Devant un public très nombreux et attentif à son témoignage, Claude Levenson a retracé les péripéties du peuple tibétain qui peu à peu a vu s'installer l'occupant. Et tout d'abord par des oeuvres de nécessité, créations de routes et d'écoles qui devaient masquer les véritables enjeux économiques.
Bien que le Tibet ait souffert de ces conditions difficiles imposées, il a su conserver, malgré les embûches et l'oubli des nations, qui avaient plus à coeur de préserver des accords mercantiles avec la Chine, une indépendance et un refus des événements.
Ce peuple, volontaire et têtu, composé de montagnards rudes et déterminés, s'est retranché dans une résistance pacifique qui force l'admiration.
C'est à la Grave que fut étendu hier la drapeau tibétain d'une superficie de 80 m2. Sur le glacier de la Meije, visible de tous, il indique la volonté de tout un peuple de conserver son indépendance.


LE DAUPHINÉ LIBÉRÉ - 04/08/2000
Le fait du jour

(BRIANÇONNAIS) Cavalier tibétain en tête, drapeaux flottant au vent, les marcheurs de la caravane tibétaine ont fait une halte avant-hier au Monêtier-les-Bains. Discours de bienvenue et de remerciements, concert de jembé et chants sénégalais, les habitants et tout particulièrement les jeunes du village sont venus nombreux pour accueillir ces visiteurs venus du bout du monde. Dans ce haut-lieu du cerf-volant, le drapeau tibétain a été tracté dans le ciel par une colombe blanche. C'est grâce à l'énergie et à la totale mobilisation d'Isabelle Guglielmetti, bibliothécaire, que cette rencontre pour la liberté et la paix, d'une montagne à une autre, a pu être possible.
© Le Dauphiné Libéré