TRANSALPINE TIBÉTAINE
 
LA CROIX - 25/08/2000
(Portrait) Marcheuse pour un Tibet libre

Par Marie Godfrain


Gwenaëlle avait entendu dire qu'une marche avait quitté Nice quelques jours plus tôt. Originaire de Briançon, elle était de retour en vacances dans sa région quand, à la fin d'une balade en montagne, elle aperçut au loin des étendards colorés portés par un groupe. Intriguée, la jeune fille s'approcha... Quelle ne fut sa surprise de découvrir qu'en fait d'oriflammes, trois moines suivis par une caravane de marcheurs portaient haut des drapeaux tibétains.

Renseignement pris, cette manifestation dans les alpages était "la Transalpine tibétaine", une marche de solidarité avec les exilés tibétains, partie le 9 juillet de Nice et qui arrivera aujourd'hui à Genève, devant le siège européen des Nations Unies.

Intégrée dans le groupe, Gwenaëlle Prado but les paroles de Palden Gyatso, torturé pendant trente-trois ans dans les geôles chinoises de Lhassa. "ça m'a retourné le ventre et j'ai réalisé la douleur de ce peuple", explique-t-elle en arborant un visage bronzé par le soleil de l'altitude, un anneau dans une narine et un bracelet de prière bouddhiste.

Mais la cause tibétaine n'est pas l'unique préoccupation de l'étudiante en anthropologie : elle se passionne actuellement pour les Mapuches, une ethnie amérindienne retranchée au sud du Chili et qui "subit une pression économique telle que la famine y sévit". Pour s'informer, Gwenaëlle Prado lit Montaigne ou Bronislaw Malinovsky, un anthropologue polonais, et pratique la méditation "pour analyser ses pensées".

Déjà, à 16 ans, avec quelques livres et beaucoup de bonne volonté, elle était partie dans le désert marocain construire une bibliothèque. L'an dernier, "avec un passeport et un billet d'avion" pour seuls amis, elle s'envole pour la Guyane, au coeur de l'Amazonie à la rencontre de tribus amérindiennes. "Ce qui m'a donné envie plus tard de travailler dans la médiation culturelle entre les indigènes et le gouvernement français" ... se prend à rêver la jeune anthropologue.

Non impliquée politiquement, "trop jeune, pas assez neutre" et trop utopique aussi, la jeune femme fait partie de cette génération qui trouve son salut dans les organisations humanitaires ou autres associations "citoyennes" et dénonce à tout va la société de consommation "car il y a trop de cailloux qui coincent l'engrenage du progrès". Pourtant, elle avoue que "ces peuples autochtones ont besoin de la force des pays riches" mais aussi que "de façon différente, les Tibétains et les Amérindiens ont beaucoup de choses à nous apporter".

C'est pour cela qu'elle sera aujourd'hui à Genève, où elle fera halte, avec les autres marcheurs, devant le siège européen des Nations Unies, apportant ainsi son soutien aux opposants du régime chinois.

M.G.
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