TRANSALPINE TIBÉTAINE
 
LE MONDE - 03/08/2000
Cinquante jours de marche dans les Alpes
en solidarité avec les Tibétains

(GENÈVE, correspondant)


Marcher sur les chemins de montagne, de Nice à Genève, pendant une cinquantaine de jours sous les couleurs du Pays des neiges : tel est le défi de la Transalpine tibétaine. Cette randonnée de solidarité avec un peuple qui vit sous occupation chinoise depuis 1950 a débuté à Nice, le 9 juillet, au son d'un grand concert gratuit du groupe Tryo, et doit gagner le siège européen des Nations unies, à Genève, le 26 août, jour où s'achèveront les travaux de la sous-commission des droits de l'homme des Nations unies. L'Europe prend ainsi le relais de l'Australie, où des sympathisants de la cause tibétaine ont marché du 2 au 10 mars, et des Etats-Unis, qui avaient fait de même du 25 avril au 24 juin.

Une marche en montagne n'est cependant jamais un pari gagné d'avance. Surtout lorsqu'elle comprend des yacks. La randonnée souhaitait traverser les Alpes de part en part, en compagnie d'une demi-douzaine de yacks et d'une caravane de chevaux. Mais les yacks, ces grosses bêtes pleines de poil et de pompons dont l'allure est familière à tous les admirateurs de Tintin, sont, au regard des législations française et européenne, des animaux domestiques bovins soumis à des dispositions très strictes en ces temps de "vache folle".

Les yacks viennent de Suisse

La direction du parc national du Mercantour leur a refusé tout droit de passage au motif qu'il s'agissait "d'animaux sauvages exotiques", interdits en territoire protégé. Les responsables de la réserve des Contamines-Montjoie (Haute-Savoie) et de la Vanoise (Savoie) étaient, eux, d'un avis différent, prêts à accueillir cette caravane peu banale avec autant de curiosité que de sympathie. D'autres obstacles ont, en outre, surgi. Si les yacks ont pu sortir de Suisse où ils résident, dûment accompagnés d'un certificat de santé estampillé et de médailles d'identification en guise de passeport, les services vétérinaires helvétiques ne voulaient plus les laisser réintégrer le gîte de leur alpage valaisan, sis à 1700 mètres d'altitude.

Quelque peu découragés par la paperasserie, malgré diverses interventions ministérielles et parlementaires, les yackiers se contenteront donc d'amener leurs bêtes de bât à Genève après s'être joints, pour les derniers jours, au long convoi comprenant à la fois des chevaux, des femmes et des hommes. Au total, la caravane aura cheminé durant cinquante jours pour rappeler au monde les cinquante années d'occupation chinoise au Tibet, et l'histoire et la culture d'un peuple montagnard, nomade et non violent.

Jean-Claude Buhrer
© Le Monde