TRANSALPINE TIBÉTAINE
 
LE MONDE - 27/08/2000
Un sommet religieux à New York
sans le dalaï-lama

(NEW YORK et GENÈVE, correspondants)


Plus de mille chefs religieux et théologiens étaient attendus, lundi 28 août à New York, pour participer à un sommet des religions. Cette initiative des organisations non gouvernementales représentant 75 confessions différentes à travers le monde a pour but d'examiner les moyens de coopération avec les Nations unies sur des dossiers relatifs à la pauvreté, la paix et la stabilité.

Un tel sommet spirituel, en l'absence du dalaï-lama, devait inévitablement provoquer une controverse. Comme prévu, face à l'opposition farouche de Pékin, les organisateurs ont dû renoncer à la participation du chef religieux des Tibétains. Les responsables de l'ONU ont beau dire et redire, depuis plusieurs jours, que "la réunion n'a jamais été organisée par les Nations unies", cela ne change rien et les critiques ont fusé. En signe de solidarité avec le dalaï-lama, l'archevêque sud-africain Desmond Tutu a été le premier à protester. Dans une lettre adressée au secrétaire général, il a qualifié l'exclusion du dalaï-lama de "honteuse". Les Tibétains en exil aux Etats-Unis ont organisé des manifestations à New York et à Washington pour dénoncer la non-participation de leur leader et l'attitude de l'ONU.

Interrogé par la presse, Kofi Annan a déclaré : "Je sais que beaucoup de gens sont profondément déçus que le dalaï-lama ne fasse pas partie de la réunion, et je les comprends". Il a rappelé que les organisateurs du sommet ont été "obligés" de tenir compte "des sensibilité des Etats membres de l'ONU". Selon son porte-parole, le secrétaire général préfère "un sommet des religions même sans le dalaï-lama, que pas de sommet du tout, car, explique Fred Eckhard, ces leaders ont un rôle incontournable dans le travail des Nations unies". Finalement, le dalaï-lama sera représenté, lundi, au sommet des religions, par une délégation de moines tibétains.

"Drôle de liberté !"

Un autre incident impliquant le dalaï-lama, la Chine et les Nations unies s'est produit à Genève. Vendredi 25 août, devant le Palais Wilson, siège du Haut-Commissariat aux droits de l'homme, Palden Gyatso, rescapé de trente-trois ans dans les geôles chinoises pour n'avoir pas accepté l'annexion forcée de son pays par le gouvernement de Pékin, s'interrogeait : "Un drapeau, c'est un morceau de tissu de diverses couleurs. Une photo, c'est une image sur un bout de papier. Aujourd'hui, au Tibet, avoir un drapeau tibétain ou une photo du dalaï-lama vaut des années de prison, voire pis, à son détenteur. Et ici, la sécurité de l'organisme des Nations unies, censé veiller au respect des droits de l'homme dans le monde, m'interdit d'entrer dans le bâtiment sous prétexte que mon drapeau n'y a pas droit de cité. Jolie démocratie, drôle de liberté !"

En tête d'une délégation de marcheurs de la Transalpine partie de Nice le 9 juillet et arrivée vendredi à Genève, le moine avait le regard embué d'incompréhension. Avec une cinquantaine de compagnons, il a marché à travers les Alpes quarante-neuf jours durant, en passant par l'Italie et la Suisse, pour la liberté au Tibet. La caravane a grossi au gré des haltes, jusqu'à compter plus de 200 marcheurs, de refuges en communes. Ils ont passé les frontières, bannières en première ligne, portées par de fiers cavaliers. Mais pour remettre la pétition comptant des milliers de signatures demandant la décolonisation du Tibet et le respect du droit de son peuple à l'autodétermination, les émissaires avaient dû se résoudre à laisser emblème et portrait du dalaï-lama au seuil du bâtiment où s'activent d'ordinaire experts et spécialistes des droits de l'homme.

Des marches analogues ont eu lieu cette année en Australie, en Inde et aux Etats-Unis. Les responsables de la Transalpine tibétaine se déclarent prêts à envisager dans les trois ans une marche encore plus spectaculaire qui devrait les mener à Lhassa, capitale du Tibet.

Afsané Bassir Pour et Jean-Claude Buhrer
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