TRANSALPINE TIBÉTAINE
 
LA TRIBUNE DE GENÈVE - 26/08/2000
Les marcheurs de la transalpine tibétaine
sont arrivés à Genève

(GENÈVE) Liberté : au Palais Wilson, ils n'ont pas pu entrer avec un tableau du dalaï-lama.


Par Fabiano Citroni


Pendant quarante-neuf jours, ils ont marché pour la liberté du Tibet. De Nice à Genève, ils ont dénoncé la violation des droits de l'homme depuis le début de l'occupation chinoise et réclamé la libération du Panchen Lama, le plus jeune prisonnier politique du monde. Les défenseurs de la cause tibétaine ont aussi fait circuler une pétition demandant à l'ONU de reconnaïtre l'état de colonie du Tibet et de l'intégrer dans le processus de décolonisation instauré en 1990.

Arrivés sous la chaise à trois pieds de la place des Nations peu avant midi, ils ont entonné des hymnes tibétains ("Tibet, Tibet, marchons pour ta liberté, un jour viendra, nous danserons à Lhassa") puis ils se sont restaurés. A 13 h 30, Mathieu Vernerey, coordinateur de la marche, Palden Gyatso, rescapé de trente-trois ans de détention, et Acharya Yeshi Phuntsok, président du Parti national démocratique tibétain, se sont rendus au Palais Wilson pour remettre à Mary Robinson les 4500 signatures récoltées durant leur périple. "Non seulement nous n'avons pas été rçus par la haut-commissaire aux droits de l'homme, mais en plus des vigiles nous ont interdit d'entrer avec un tableau du dalaï-lama et un drapeau tibétain, s'étonne Palden Gyatso. De qui se moque-t-on ?" Chef de presse du Haut-Commissariat aux droits de l'homme, José Diaz précise que les vigiles n'ont fait qu'appliquer les consignes: "Un groupe qui manifeste ne peut pas entrer au Palais Wilson avec des instruments." Cet incident est la seule fausse note d'une aventure extraordinaire. Tout au long de leur parcours, les marcheurs de la Transalpine tibétaine ont rçu de nombreux témoignages de solidarité. "Les maires de Thonon et d'Annemasse m'ont affirmé qu'ils mettront bien en évidence le drapeau tibétain tant que la Chine ne se retirera pas du Tibet", se réjouit Mathieu Vernerey. Autre motif de satisfaction pour le coordinateur de la marche, la commune de Veyrier a inauguré hier soir une place du Tibet.

"Selon un rapport de l'Organisation des nations et des peuples non représentés, rendu public le 25 août 1997 à la sous-commission des droits de l'homme pour la prévention de la discrimination et la protection des minorités, le Tibet demeure la plus grande colonie au monde", rappelle Claude B. Levenson, écrivain et présidente d'honneur du comité de soutien au peuple tibétain. "J'espère que quelqu'un aura le courage éthique et moral d'en parler aux pays membres de l'ONU sans craindre la réaction de la Chine, un des cinq membres du Conseil de sécurité". Le sommet des principaux dirigeants religieux s'ouvre lundi à New York. Kofi Annan, le secrétaire général de l'ONU, a affirmé avoir exclu le dalaï-lama, chef spirituel des Tibétains, en raison de la sensibilité de certains Etats membres. Les Etats-Unis ont regretté cette décision "prise pour ne pas incommoder Pékin..."

F.C.
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