TRANSALPINE TIBÉTAINE
 
LA TRIBUNE DE GENÈVE - 31/08/2000
Le Tibet passe aux oubliettes de l'ONU

Religions : au Sommet du Millénaire, le dalaï-lama brille par son absence.


Par Claude B. Levenson* (tribune)


A la rencontre des chefs religieux précédant le fameux "sommet du millénaire" aux Nations Unies à New York, le dalaï-lama brille par son absence. Sa présence physique eût-elle porté ombrage à d'aucuns ou froissé certaines susceptibilités que les organisateurs de l'auguste rassemblement n'auraient pu faire meilleure publicité à l'exilé. Mais au-delà de la cocasse imbécillité du geste d'omission de l'invitation se profile une question autrement inquiétante : pourquoi tolère-t-on qu'un pays connu pour son arbitraire et son autoritarisme, pour son mépris aussi flagrant des droits de l'homme, impose sa loi à l'ensemble des nations, y compris celles qui se prétendent démocratiques et civilisées? D'autant qu'en l'occurrence, il semblait devoir s'agir non pas de politique mais de spiritualité...

Les droits de l'homme, précisément. Vendredi dernier, à l'occasion de l'arrivée à Genève de la Transalpine tibétaine, cette marche de cinquante jours de Nice jusque sur la place des Nations pour la liberté au Tibet, ils ont été bafoués avec une rudesse n'ayant d'égale que la lâcheté du procédé. Un moine tibétain, Palden Gyatso, souhaitait remettre au nom des marcheurs et de milliers de leurs sympathisants, une pétition au palais Wilson demandant la décolonisation du Tibet et le respect du droit de son peuple à l'autodétermination. En l'absence opportune du haut-commissaire, Mme Mary Robinson, vaquant à d'autres occupations, une fonctionnaire, Eleanor Solo, a daigné rencontrer ce rescapé de 33 ans de laogï chinois. Mais sans son chapeau aux couleurs tibétaines ni le portrait du dalaï-lama, leader temporel et spirituel de son pays occupé, interdits d'accès.

Comme au Tibet sous occupation chinoise, où posséder de tels symboles vaut des années de prison aux audacieux qui l'osent. Le porte-parole du haut-commissaire, José Diaz, devait expliquer que "les instruments" ne sont pas autorisés dans ce bâtiment censé protéger, sinon défendre les droits de l'homme. "Jolie démocratie, drôle de liberté", commenta sobrement le survivant des camps chinois.

De qui se moque-t-on ? La frilosité des Nations Unies jusqu'en son fief des droits de l'homme à Genève à propos du brûlant dossier tibétain ne fait que refléter la pusillanimité de ses membres et l'omnipotence en son sein des dictateurs de tout poil. A cette aune-là, le nouveau millénaire semble bien mal parti.

CBL
* auteur de "L'an prochain à Lhassa" et du "Seigneur du Lotus blanc".

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FOCUS - MESSAGE DU DALAI-LAMA

Hier, pour la première fois depuis au moins quarante ans, la parole du dalaï-lama s'est fait entendre dans l'enceinte des Nations unies. Un message du chef en exil des Tibétains a été lu aux 1800 dignitaires religieux réunis à New York: "Il ne peut y avoir de paix tant que la pauvreté douloureuse, l'injustice sociale, l'inégalité, l'oppression, la dégradation de l'environnement demeurent et tant que les pauvres et les petits continuent d'être piétinés par les forts et les puissants. Les chefs spirituels et religieux du monde doivent affronter ces questions réelles et urgentes." Les Chinois ont "quitté avec colère" la salle, selon l'agence Chine Nouvelle. "Le dalaï-lama est un séparatiste et un fauteur de troubles", a déclaré l'un d'eux. AP


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